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Un fin renard pour les droits de l’homme
Luis Alfonso de Alba. Photo Lionel Thorens
18 juin 07 - Aujourd’hui, l’ambassadeur mexicain Luis Alfonso De Alba quitte, après une année, la présidence du Conseil des droits de l’homme. Ce soir, il devra avoir déposé la charpente institutionnelle du nouvel organe. Portrait.

Carole Vann/Infosud - On le dit redoutable animal politique, aux méthodes souvent opaques et pourtant tellement attentionné. Le très élégant ambassadeur mexicain, à la barbe grisonnante et à l’œil rieur, a été élu président du Conseil des droits de l’homme en juin 2006 par les 47 Etats membres. Son mandat s’achève aujourd’hui. Il doit d’ici ce soir clore l’architecture du nouvel organe censé mieux défendre les droits humains.

Réussira-t-il pour ce faire à trouver un trait d’union entre les volontés diamétralement opposées qui se sont affrontées dans les murs du Palais des Nations tout au long de cette première année ?

« Si Luis Alfonso de Alba n’y parvient pas, aucun d’entre nous n’y serait arrivé, affirme l’ambassadeur suisse Blaise Godet. Il entend mener sa barque jusqu’au bout et il l’a clairement fait comprendre ». En effet, au terme d’âpres négociations entre les délégations, le président a annoncé qu’il ferait la synthèse de tous les points de vue dans un document final qui devrait être adopté à l’unanimité au plus tard ce lundi 18 juin. A prendre ou à laisser…

« Aucune délégation n’a envie de passer à la postérité comme celle qui a brisé le consensus en exigeant le vote, explique Godet. Et De Alba en use avec beaucoup d’habileté. »

Cette recherche du consensus, le Mexicain en a fait son credo. « Il n’hésite pourtant pas à créer la confusion et à faire cavalier seul si nécessaire. C’est le typique diplomate qui manie à merveille l’arme de la manipulation, mais chaque fois pour la bonne cause », note l’ambassadeur jordanien Mousa Burayzat, l’un des facilitateurs des négociations. Combien de fois a-t-il quitté sa place durant les séances du Conseil pour aller « intriguer » dans les coulisses auprès des ambassadeurs arabes ou chinois ? Histoire de trouver une issue honorable à ce qui s’annonçait comme une impasse catastrophique !

Encensé par les uns, critiqué par les autres, il inspire le respect général. « D’une courtoisie et d’une patience admirable, pas une fois je ne l’ai vu s’énerver », remarque l’ambassadeur d’Israël Itzhak Levanon qui lui reproche toutefois de « ne pas avoir suffisamment pris en compte » les positions de son pays.

Tous, diplomates et ONG, reconnaissent en lui un jeteur de ponts. « Il a chaque fois su calmer les tensions, évoque Georges Gordon-Lennox de Reporters Sans Frontières. Je me souviens de sessions informelles où tout le monde s’appelait par son prénom : Luis, Idriss, Itzhakh… Même le Chinois s’y mettait. Malgré les violentes confrontations, l’atmosphère devenait plus relax. »

D’entrée de jeu, l’homme s’est imposé comme défenseur des sans voix. Son brillant parcours diplomatique est jalonné de combats pour de nobles causes : abolition de la peine de mort, protection des individus dans la lutte contre le terrorisme, droits des migrants et des handicapés.

Sans conteste, de par son origine mexicaine, De Alba a bénéficié dès le départ de la confiance des pays défavorisés. Un atout non négligeable alors que le fossé entre les contrées occidentales et le reste du monde ne fait que se creuser. Même Cuba, l’enfant terrible du Conseil, reconnaît en lui un homme « honnête, juste, impartial, avec une large vision politique ».

Pour le facilitateur jordanien, il est aussi l’homme qui a su imposer le Conseil vis à vis de New york. « Il veut surtout que son travail profite aux victimes en dehors des murs de l’ONU, précise-t-il. Et pour lui, tous les moyens sont bons. Il faut dire que les eaux dans lesquelles nous naviguons sont très troubles et tourmentées. »

Patrice Tonda, ambassadeur du Gabon et membre de la délégation de Jody Williams au Darfour, raconte : « Quand il m’a confié la mission au Darfour, je lui ai expliqué que ma carrière n’était pas diplomatique, je suis physicien. Il m’a répondu : « il n’est pas question de diplomatie, nous sommes tous dans le même bateau, il faut coûte que coûte que nous l’amenions à bon port. »



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