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Pékin se plaint de l’hostilité envers ses multinationales
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15 juillet 10 - Plusieurs projets chinois d’acquisitions ont été refusés, notamment aux Etats-Unis, au nom de la sécurité d’Etat. Mais selon une enquête, la Chine n’est pas très accueillante non plus.

Ram Etwareea/Le Temps - Huawei, la championne chinoise des télécommunications, parviendra-t-elle à percer sur le marché américain ? L’entreprise a proposé de fournir des équipements à Sprint Nextel, le 3e opérateur américain de téléphonie mobile, qui veut étendre son réseau sans fil a haut débit. L’entreprise chinoise attend le feu vert des autorités américaines, mais d’ores et déjà, certains membres du Congrès demandent de refuser cette transaction. Au nom de la sécurité nationale des Etats-Unis. Huawei est étroitement liée à l’Armée rouge, disent-ils.

Il y a deux ans, sa tentative de racheter 3 Com, une société américaine de technologie, pour 2,8 milliards de dollars avait capoté. Washington avait alors évoqué la sécurité nationale. Comme en 2005 lorsque la China National Offshore Oil Corporation (Cnooc) n’avait pas pu faire l’acquisition du groupe pétrolier californien Unocal. Comme en 2009 lorsque la société chinoise Xise International Investment avait été interdite de fusion avec First Gold Corp pour exploiter une mine d’or aux Etats-Unis.

Ladite mine, avait expliqué Washington, se trouve trop près d’une base militaire américaine. Plus récemment en 2010, Cosco, la compagnie étatique chinoise de transport maritime, s’est plaint des obstructions politiques pour étendre ses activités aux Etats-Unis. En 1998, elle avait fait une vaine tentative d’acquérir un terminal dans le port de Long Beach, en Californie. Elle est arrivée à ses fins ultérieurement par le biais d’un partenaire américain.

PetroChina et BP

Ce n’est pas qu’aux Etats-Unis que les multinationales chinoises peinent à investir. L’an dernier, le gouvernement australien a mis son veto à Chinalco qui voulait augmenter sa participation dans la compagnie minière Rio Tinto. En Europe, la semaine dernière, lorsque PetroChina a montré un intérêt à entrer dans le capital de BP, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont demandé à être mis au courant de tout changement dans le capital de l’entreprise.

Pékin, par la voix du Quotidien du peuple, organe officiel du Parti communiste chinois, estime que ces restrictions constituent des mesures protectionnistes. Elle a soulevé cette question à plusieurs reprises, notamment dans le cadre du dialogue sino-américain institutionnalisé depuis trois ans. Le président chinois Hu Jintao a encore protesté auprès de Barack Obama le mois dernier lors du G20 à Toronto. Résultat, dans le communiqué final de ce sommet, les pays se sont engagés à ne pas entraver le flux des investissements.

La Chine ne peut toutefois pas se comporter en victime. Selon une enquête réalisée auprès des industriels étrangers opérant en Chine, le climat des affaires s’est dégradé ces dernières années. Lois discrétionnaires, opacité des appels d’offres, favoritisme aux entreprises indigènes, applications sélectives des lois, des secteurs économiques fermés aux étrangers : ce sont autant des raisons pour lesquelles de nombreux investisseurs hésitent à poursuivre leurs activités en Chine.

L’an dernier, les investissements directs étrangers en direction de la Chine ont dégringolé brutalement et la crise économique n’explique pas tout. Dans son édition de lundi, Le Monde raconte les diverses pratiques chinoises qui pénalisent les entreprises étrangères et donne des exemples où des entreprises françaises, notamment Vallourec, n’ont pas pu installer une usine en Chine.

Dans « Investir à travers les frontières en 2010 » paru début juillet, la Banque mondiale confirme que la Chine est l’une des destinations favorites des investisseurs. Il y reste toutefois de nombreux obstacles, notamment administratifs et légaux.

Un accord multilatéral sur les investissements, SVP !

Contrairement aux échanges commerciaux, les flux des capitaux n’ont pas de règles

Chaque année, des Etats, les émergents plus que les industrialisés, dépensent des millions en mission de prospection pour draguer des investissements. Paradoxalement, ils freinent des projets, pour des raisons de stratégie économique ou de sécurité d’Etat. Il y a quelques années, certains pays ont publié une liste de champions nationaux, histoire d’affirmer que les étrangers n’y étaient pas bienvenus. Faute de cadre légal international, le message était au moins clair.

C’est vrai que, contrairement aux échanges commerciaux, les flux de capitaux n’ont presque pas de cadre légal. Dans les années 90, une tentative de mettre sur pied un Accord multilatéral sur les investissements (AMI) par un petit groupe de pays, l’OCDE en l’occurrence, s’était soldée par un échec.

Aujourd’hui, face aux ambitions conquérantes des multinationales des pays émergents, mais aussi face aux entreprises américaines et européennes qui disposent de sommes considérables et qui rêvent de fusions et acquisitions, le besoin de règles sur les flux d’investissements se fait fortement sentir. Mais contrairement à l’AMI, il doit être négocié de façon transparente et multilatérale.

Ram Etwareea/Le Temps



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