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Mladic et Karadzic libres pour toujours ?
Radovan Karadzic (left) and Ratko Mladic.
10 décembre 07 - Lundi 10 décembre, journée des droits de l’homme, Carla del Ponte, présente son dernier rapport au Conseil de sécurité, alors que Ratko Mladic et Radovan Karadic courent toujours. Son ancienne porte-parole, Florence Hartmann, doute qu’ils soient un jour arrêtés : leur procès risquerait d’impliquer les pays occidentaux dans les massacres de Srebrenica

Interview Pamela Taylor / InfoSud - Ce lundi, Carla Del Ponte présente à New York son ultime rapport au Conseil de sécurité de l’ONU, comme procureure du Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie (TPIY), un poste qu’elle occupe depuis 1999, dont le mandat s’achève le 31 décembre.

Selon le journal Le Temps, Carla del Ponte compte présenter une seule demande au Conseil de sécurité - que la Serbie livre Ratko Mladic, ancien commandant des forces serbes en Bosnie, alors que l’ancien leader de l’enclave serbe de Bosnie Radovan Karadic est également poursuivi par le Tribunal pénal international pour l’ex Yougoslavie (TPIY).

Une demande susceptible d’être ignorée, selon Florence Hartmann, ancienne porte-parole de la procureure et auteur de « Paix et châtiment, les guerres secrètes de la politique et de la justice internationale », un livre qui affirme que les deux chefs de guerre inculpés de génocide en Bosnie ne seront jamais traduits en justice. Et ce pour ne pas révéler le rôle des puissances occidentales dans le massacre de Srebrenica en 1993.

Comment expliquez-vous que Mladic et Karadic courent toujours ?

Cet échec est le résultat direct du refus de certains pays de coopérer avec le TPIY pour arrêter les « gros poissons ». L’OTAN n’a sérieusement commencé les arrestations qu’en 1997 et constaté que ce n’était pas difficile. Les forces mandatées par l’OTAN ont arrêté 30 accusés de crimes de guerre, mais elles n’ont jamais approché Karadzic et Mladic.

Pourtant, quand je travaillais comme journaliste pour le journal Le Monde, je les ai rencontrés tous deux à plusieurs reprises. Les journalistes étaient d’ailleurs étonnés de constater que Karadzic pouvait circuler si librement.

Mais l’ancien président Slobodan Milosevic, lui, a été déféré devant le TPIY.

Il y avait aussi de la résistance à inculper Milosevic. Ce procès n’aurait pu jamais avoir lieu, sans la détermination du Premier Ministre serbe Zoran Dzindzic, assassiné par la suite à cause de cette arrestation.

Il a également fallu que Carla del Ponte explique au Secrétaire d’État américain de l’époque - Colin Powell - que les gens dans les Balkans ne feraient rien sans les pressions de la communauté internationale.

Comment expliquer cette différence de traitement entre Milosevic d’une part et Karadzic et Mladic d’autre part ?

A cause des massacres de Srebrenica. La communauté internationale savait que Milosevic ne parlerait pas de Srebrenica afin d’éviter les accusations de génocide. Karadzic et Mladic, eux, ne manqueraient pas de blâmer la communauté internationale de ce massacre de 8000 Bosniaques. Et ce en prétendant qu’ils ont reçu un feu orange pour s’emparer de l’enclave dans le cadre d’un arrangement permettant de donner plus de territoires à Milosevic en échange de la paix.

Quelle est la responsabilité des puissances occidentales dans les massacres de Srebrenica ?

Ils n’ont bien sûr pas donné l’ordre. Mais ils n’ont pas pris les mesures nécessaires pour éviter ces massacres malgré les avertissements de toutes parts (diplomates, militaires, journalistes).

Les pays occidentaux ont décidé de sacrifier ce territoire pour obtenir la signature de Milosevic à l’accord de paix de Dayton et mettre fin aux souffrances de Bosnie. Mais cette paix a couté 8000 vies.

Le TPIY a des documents démontrant le refus américain de permettre des interceptions de conversations entre Milosevic, Karadzic et Mladic durant cette phase. Pourquoi ? L’une des raisons pourrait être que ces échanges auraient montré que ces massacres ont été planifiés, que les États-Unis le savaient et qu’ils n’ont rien fait. Même cinq jours après la chute de Srebrenica, aucune mesure n’a été prise pour protéger les civils.

Les Occidentaux ont donc très peur que les témoignages de Karadzic et Mladic puissent nuire à leur crédibilité.

Quoi qu’il en soit, mon livre dresse la liste des éléments de preuve, y compris des citations de haut-responsables des États-Unis, du Royaume-Uni et de fonctionnaires français qui conduisent à une conclusion : il y avait beaucoup de preuves contre Karadzic et Mladic.

Le TPIY avait sa propre équipe d’enquêteurs qui a donné à l’OTAN des informations sur la localisation de Karadzic et de Mladic. Mais ils ont toujours répondu par des questions stupides sur le nombre de fenêtres de la planque ou la manière d’y accéder. Et ils n’ont rien fait.

Si le mandat du TPIY n’est pas renouvelé au-delà de 2010, qu’est-ce que cela signifie pour l’avenir de la justice internationale ? Nous devons lutter pour l’indépendance des tribunaux des droits de l’homme. Quand les Etats réalisent que la justice peut interférer avec la politique, que ce soit pour la Yougoslavie ou le Soudan, nous ne serons pas en mesure d’obliger les tueurs en série à rendre des comptes et de mettre fin à l’impunité.

« Paix et châtiment, Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationale », Florence Hartmann, Editions Flammarion, 2007

Srebrenica

En 1993, durant la guerre de Bosnie, l’ONU a déclaré Srebrenica, un village dans l’Est de la Bosnie, comme "zone de sécurité" protégée par l’ONU. Au moment du massacre, à la mi-juillet 1995, l’enclave était sous la protection de 400 Casques bleus néerlandais légèrement armés. Une force qui a échoué à protéger les 20-25000 musulmans de Bosnie qui s’y étaient réfugiés.

Environ 8000 personnes furent tuées par les unités paramilitaires commandées par le général serbe Ratko Mladic. Le TPIY a jugé que le massacre de Srebrenica, le plus grand massacre de masse en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale – était un génocide.



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