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Racisme : la réponse contrastée de la Suisse
Doudou Diène. Photo : Michel Bührer
28 mars 07 - Dans son rapport sur la Suisse, Doudou Diène, le rapporteur spécial de l’ONU dénonce notamment le manque de stratégie politique pour lutter contre la xénophobie en Suisse. Le gouvernement suisse se défend. Il juge certaines remarques infondées.

Valérie de Graffenried - Drôle de coïncidence. C’est le jour même où Christoph Blocher, ministre de Justice et police, rencontre des représentants musulmans que Doudou Diène a présenté son rapport sur le racisme en Suisse, à Genève, devant le Conseil des droits de l’homme. Et le rapporteur spécial de l’ONU n’y va pas avec le dos de la cuillère. Pour lui, la Suisse, toujours plus traversée par des relents de racisme et de discriminations, doit « urgemment » faire face à ces courants xénophobes. Et se doter d’une législation nationale complète, dit-il, en pointant du doigt l’« absence de stratégie politique au plus haut niveau ».

Ce rapport ne fait évidemment pas plaisir au Conseil fédéral. Il le laisse mi-figue mi-raisin alors que la Commission fédérale contre le racisme (CFR) s’empresse de le saluer. Dans un document de 109 pages publié en octobre 2006, le gouvernement suisse faisait déjà savoir qu’il considère son engagement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie comme une « tâche permanente ». Mais, « dans une société multiculturelle, il ne suffit pas de lois pour combattre les tendances racistes », y affirme le Conseil fédéral, en réaction au conseil d’élaborer une législation nationale contre le racisme en accord avec les cantons.

S’il dit avoir conscience de la stigmatisation croissante de certaines minorités, le Conseil fédéral souligne que de nombreux efforts pour améliorer leur intégration ont été faits et continueront à être fournis. En clair, le Conseil fédéral ne fait pas acte de contrition. Il réfute même certaines accusations de Doudou Diène qu’il juge infondées. Le Conseil fédéral « a pris note » du rapport, souligne un communiqué diffusé mardi. S’il assure que la Suisse « prend très au sérieux les questions soulevées par Doudou Diène et les suggestions de ce dernier » et qu’elle entend « poursuivre l’intensification de son engagement contre le racisme et la discrimination dans le dialogue avec les instances de l’ONU », le Conseil fédéral souligne aussi « qu’on ne peut pas, à partir de cas particuliers, tirer des conclusions générales quant à l’existence d’une dynamique de racisme et de xénophobie en Suisse ».

Devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, Blaise Godet, ambassadeur de Suisse auprès des Nations unies, a de son côté tenu à rappeler que « malgré le pourcentage élevé d’immigrés résidant en Suisse (plus de 20%), l’immigration n’a engendré aucune ghettoïsation, ce qui préserve la population résidant en Suisse d’un phénomène de communautarisme exacerbé et des conflits qui en résultent ». Et que « les étrangers sont dans l’ensemble bien intégrés et acceptés par la population suisse, qui a conscience de leur apport culturel et économique ».

Doudou Diène n’a pas tout à fait eu cette impression-là. « Normal : il n’a pas compris toutes les subtilités de notre système », glissent certains en coulisses.

Le rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination, de xénophobie et d’intolérance, est venu en Suisse du 9 au 13 janvier 2006. Dans son rapport présenté mardi, il dénonce le fait que les Suisses résistent toujours plus au processus du multiculturalisme en stigmatisant les immigrés extra-européens, critique l’« instrumentalisation politique de la tension identitaire ». La place croissante, dans les discours politiques et les médias, de la rhétorique de la défense de l’identité nationale et de la menace de la présence allogène est très inquiétante, soulève-il. Pour lui, l’adoption des nouvelles lois sur l’asile et sur les étrangers risque de favoriser le racisme et criminaliser les demandeurs d’asile et les immigrés.

Le juriste sénégalais déplore également les abus fréquents constatés lors de contrôles de police et l’existence de plates-formes politiques qui utilisent un langage raciste et xénophobe. Et souligne l’ambiguïté du discours du pouvoir politique. Outre l’élaboration d’une législation nationale, Doudou Diène demande la création d’une institution nationale de promotion des droits de l’homme. Des revendications que la Commission fédérale contre le racisme (CFR), préoccupée par la division de la société suisse au sujet de la lutte contre les discriminations, soutient logiquement. En se sentant un peu seule.

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Seize organisations de défense des droits de l’homme ont lancé mardi à Zurich un réseau contre le racisme. Elles veulent ainsi mieux coordonner leurs actions « contre la xénophobie, la discrimination et le racisme ».


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