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Tollé contre les enlèvements au Mexique
IPS
Illustration d’une voiture "sécuritaire" pour la police mexicaine
14 août 08 - Le 30 août prochain, les Mexicains descendront dans les rues de plusieurs grandes villes du pays pour protester contre les enlèvements et l’insécurité croissante. Ils veulent ainsi exprimer leur indignation face à la hausse du taux de criminalité et réclamer des mesures urgentes de la part des autorités.

Diego Cevallos/IPS, Mexico City - C’est l’enlèvement et le meurtre du fils d’un homme d’affaires mexicain, début août, qui a remis de l’huile sur le feu. Selon les premières constatations de l’enquête, des agents de police seraient en effet impliqués dans cette affaire de meurtre. En réaction, des groupes civiques, liés principalement au monde de l’entreprise, ont donc décidé d’organiser une grande manifestation pour dénoncer cette violence. Ils espèrent attirer plus d’un million de participants.

De leur côté, les autorités mexicaines ont — pour la énième fois — promis des réformes juridiques et de nouvelles unités de police spécialisées dans la lutte contre les enlèvements. Cette forme de criminalité est courante au Mexique où les rapts se comptent parfois par dizaines chaque mois. Différentes études et sondages d’opinion ont été réalisés sur le sujet. Selon les statistiques, 98 % des crimes au Mexique ne sont jamais résolus, tandis que 86 % de la population avoue avoir « peu » ou « pas du tout » confiance en la police.

Pas une surprise

L’insécurité publique au Mexique est un problème de longue date, qui vaut d’ailleurs à ce pays la triste réputation d’Etat dangereux. En dépit de nombreuses réformes juridiques, la situation ne s’est pas améliorée. Plusieurs mesures ont déjà été prises, comme l’adoption progressive de procès publics ou la mise en place de différents programmes gouvernementaux au cours des deux dernières décennies, mais sans succès. « Ni les lois, ni les promesses ne sont utiles. Ce qu’il faut, c’est une action efficace et la mise en place d’une culture d’Etat de droit », estime pour sa part Rodrigo Centeno, spécialiste en matière de sécurité et professeur à l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM).

Cette vague d’indignation face à l’insécurité dans le pays a été déclenchée après le meurtre de Fernando Martí (14 ans), dont la famille possède une chaîne de magasins de sport. Son corps a été retrouvé le 1er août dernier dans le coffre d’une voiture. Il avait été enlevé en juin et n’avait pas été libéré, malgré le versement par la famille d’une importante rançon aux ravisseurs.

A Mexico, plusieurs policiers ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire et d’autres font l’objet d’une enquête en relation avec cet enlèvement. Le fait que la police soit apparemment liée à ce crime n’a pas vraiment été une surprise dans le pays. Des agents de police en service ou d’anciens policiers ont été impliqués dans la quasi-totalité des réseaux d’enlèvement démantelés au cours des dernières années.

Les représentants de 11 organisations de la société civile, parrainées principalement par le milieu des affaires, ont donc annoncé qu’ils comptaient organiser à la fin du mois une manifestation dans plusieurs villes du pays. « Des villes comme Guadalajara ou Monterrey ont déjà confirmé leur participation à la manifestation », se réjouit Laura Herrejón, l’une des organisatrices de la manifestation et responsable de l’association Movimiento Pro-Vecino.

« D’autres s’ajouteront également au mouvement de protestation, mais l’événement principal aura lieu dans la capitale », a-t-elle indiqué. « Nous invitons le public à descendre dans les rues ce jour-là pour protester contre la violence et l’impunité qui sont les plaies de tout le pays. Le Mexique doit faire face à ces problèmes depuis des années et les citoyens devraient exiger des solutions ».

Après le meurtre de Fernando Martí, le gouvernement conservateur du président Felipe Calderón a exhorté les législateurs à augmenter la peine pour les crimes d’enlèvement à la prison à perpétuité. Il a également annoncé la création d’une unité de police fédérale de lutte contre ce type de criminalité. Dans le même temps, le porte-parole du gouvernement de gauche de la ville de Mexico, dirigée par le maire Marcelo Ebrard, a annoncé la création d’une nouvelle unité de police et d’un programme offrant des récompenses à toute personne fournissant des informations qui permettraient la capture des ravisseurs.

Pour María Amparo Casar, analyste politique et chroniqueuse au quotidien mexicain Reforma, la solution face au taux élevé de criminalité ne réside cependant pas dans la création de nouvelles lois ou de nouveaux programmes, mais bien dans l’application des lois existantes. « L’impunité qui règne dans le pays, le peu de victimes qui portent plainte et le manque de confiance dans la police, dans les procureurs ou dans les juges sont indéniablement les principaux problèmes à combattre », estime-t-elle.

Selon des chiffres officiels, 438 personnes ont été enlevées en 2007 au Mexique, contre 384 en 2004 et 280 en 2005 et 2006. Mais pour un enlèvement signalé, deux ou trois ne le sont pas, indiquent les experts. En l’absence de chiffres précis, ils estiment qu’entre 700 et 1.100 enlèvements sont commis chaque année au Mexique.

Voir en ligne: Mexique
 

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