Loading...
Shirin Ebadi critique vertement la Suisse
Tdh
Shirin Ebadi, Genève, 9 juin 2008. Photo Humberto Salgado
11 juin 08 - De passage à Genève, Shirin Ebadi critique l’attitude de la ministre suisse des affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, lors de son voyage en Iran. Un pays qui viole de plus en plus les droits humains, selon la Prix Nobel de la paix.

Propos recueillis par Carole Vann/Tribune des droits humains - Distinguée en 2003 par le Prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi dirige le Cercle des défenseurs des droits de l’Homme. Cette ONG illégale en Iran et affiliée à la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a publié le mois dernier un rapport pointant l’aggravation de la situation des droits de l’homme et les restrictions imposées aux médias en Iran. De passage à Genève en marge de la 8e session du Conseil des droits de l’homme, Shirin Ebadi revient sur la récente visite à Téhéran de Micheline Calmy-Rey, ministre suisse des affaires étrangères.

Le port du foulard par Micheline Calmy-Rey et par Louise Arbour, haut Commissaire aux droits de l’homme, lors de leurs visites en Iran a défrayé la chronique internationale. Quelle est votre position ?

Cela m’est égal qu’elles se voilent la tête. Ce qui m’a déçue, c’est l’attitude de Micheline Calmy – Rey, lors de sa visite. Elle connaissait la situation des droits de l’homme chez nous. J’avais même eu l’occasion d’en parler avec elle. Or, sur place, pas une fois je ne l’ai entendue mentionner la situation des droits de l’homme. De plus, Micheline Calmy-Rey n’a pas voulu rencontrer les défenseurs des libertés, même pas moi-même. Tout ce qui l’intéressait, c’était les accords commerciaux.

Louise Arbour a eu une attitude totalement différente. Dès le premier jour, elle a rencontré des représentants de la société civile, elle a visité des prisons de femmes et montré que les gens étaient aussi importants.

Dans votre dernier rapport, vous parlez d’aggravations concernant les droits de l’homme en Iran.

En Iran, toute critique est assimilée à une « action contre la sécurité nationale ». Ainsi, il y a de plus en plus d’arrestations de journalistes, d’étudiants, de femmes pour ce motif. Cette accusation vaut même pour une femme qui s’oppose à ce que son mari prenne une seconde épouse.

Des journaux sont fermés. Des leaders bahaïs (une religion fondée en Perse, NDRL) sont arrêtés. Et ce toujours pour « actions contre la sécurité nationale » .

L’Iran a ratifié en 1975 le pacte sur les droits sociaux, économiques et culturels et celui sur les droits civils et politiques, qui interdisent, entre autre, les châtiments corporels et dégradants, comme la torture. Or le gouvernement continue de pratiquer les coups de fouet, les amputations et les lapidations.

Alors qu’en 2007, le nombre d’exécution capitale a baissé de 70% en Chine, elle a augmenté de 60% en Iran par rapport aux années précédentes. Même le blasphème est puni de la peine de mort.

Il faut savoir qu’en Iran, l’exécution de mineurs est légale. Selon la loi, l’âge de responsabilité pour un crime est de neuf ans pour une fille et quinze ans pour un garçon. Aujourd’hui, plus de cent jeunes de moins de 18 ans se trouvent dans les couloirs de la mort.

En Iran, plus de 65% des universitaires sont des femmes. Cela traduit-il une évolution dans l’ensemble de la société ?

Tout d’abord, cela signifie que les femmes sont plus instruites que les hommes chez nous.

Il y a bien eu des réformes dans le droit de la famille, mais elles sont insuffisantes. Pour la garde des enfants, la loi a été modifiée au profit de la mère. Les épouses maltraitées peuvent demander le divorce.

Mais les lois ratifiées au lendemain de la révolution (1979), qui vont à l’encontre de la liberté de la femme, sont toujours en vigueur. Ainsi en Iran, les femmes valent deux fois moins que les hommes, comme lors de la fixation des indemnités en cas d’accident ou lors des procès où le témoignage d’un homme vaut celui de deux femmes.

Il existe un courant dans les pays musulmans qui préconise le retour aux sources du Coran pour obtenir la libération des femmes. Qu’en pensez-vous ?

Comme toutes les religions, l’islam peut être sujet à plusieurs interprétations. En Europe, certaines églises marient les homosexuels, tandis que d’autres les condamnent. Or toutes ces églises sont chrétiennes.

C’est la même chose pour l’islam. En Arabie saoudite, les femmes n’ont pas le droit de conduire ni de faire de la politique. Alors que depuis quinze ans, les Indonésiennes peuvent accéder à la présidence du pays. La Tunisie interdit la polygamie, l’Iran l’autorise.

La charia - loi coranique – peut-elle demeurer à votre avis source de droit en Iran ?

C’est la volonté du peuple qui doit être la source de la loi. Mais si les Iraniens veulent la charia, elle doit être compatible avec le respect des libertés.

Une lecture correcte de la charia doit permettre de mettre fin aux discriminations entre hommes et femmes, tout en respectant notre identité musulmane.

Pour rappel, au début de la révolution iranienne, les mollahs invoquaient la loi islamique pour refuser que la tutelle des enfants soit confiée aux femmes. Après 20 ans de lutte, les autorités ont finit par réformer cette loi.

Autre exemple, les autorités m’ont retiré mon statut de juge en 1980, du simple fait que j’étais une femme. Là aussi, grâce notre combat, et avec le soutien des juristes hommes, nous avons fini par obtenir gain de cause. Et aujourd’hui plus de quarante femmes sont juges en Iran.

Les pays arabes ont publié fin 2007 une charte arabe des droits de l’homme. Pensez-vous que ces chartes régionales soient utiles ou les droits de l’homme sont-ils universels ?

S E : Oui. En matière de droits de l’homme, ce qui est bon pour les Européens l’est aussi pour les Japonais ou les musulmans. Je ne pense pas qu’il y ait besoin de chartes régionales des droits de l’homme.

Les droits humains évoqués, selon Berne

Micheline Calmy-Rey s’est rendue en Iran les 16 et 17 mars où elle a rencontré le président iranien Mahmoud Ahmadinejad

L’objectif officiel de sa visite était triple : évoquer le dossier du nucléaire, aborder la question des droits de l’homme et assister à la signature d’un gros contrat gazier entre la société nationale iranienne et une entreprise suisse.

Dans le cadre de sa visite à Téhéran, la cheffe de la diplomatie suisse a aussi rencontré son homologue iranien Manoucher Mottaki pour évoquer la situation des droits de l’homme.

Tous deux ont convenu que le dialogue mené par la Suisse et l’Iran depuis cinq ans sur ce sujet doit aborder des questions concrètes. Dans cette perspective, une commission sera chargée de préparer la prochaine rencontre.

Avec son homologue, Micheline Calmy-Rey a évoqué la peine de mort, notamment à l’égard des mineurs, ainsi que les châtiments corporels comme les lapidations ou les amputations.

La cheffe de la diplomatie suisse a aussi critiqué la rhétorique utilisée par Téhéran à l’égard d’Israël. Micheline Calmy-Rey a souligné qu’il était inacceptable pour la Suisse qu’un membre de l’ONU nie le droit à l’existence d’un autre Etat.

 

Commenter

Forum sur inscription

Pour réagir à cet article, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Identifiants personnels


[s'inscrire] [mot de passe oublié ?]

 
Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  www.humanrights-geneva.info  |  Impressum  |  Web Chef d'édition: Michel Bührer
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire prix nicolas bouvier le temps geopolitis tsr.ch swissinfo rue 89 ipsnews infosud