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Palestine : faut-il dialoguer avec le Hamas ?
Rue89
Emblème du Hamas
20 mai 08 - Faut-il parler au Hamas palestinien ? La question a longtemps été un tabou, mais elle est désormais ouvertement sur la table, avec des approches très différentes de part et d’autres de l’Atlantique. La révélation d’une rencontre entre un ancien diplomate français et les principaux leaders du mouvement relance le débat

Pierre Haski/Rue89 - La révélation, lundi, par [le quotidien français] le Figaro, confirmée du bout des lèvres sur Europe1 par un [ministre des Affaires étrangères] Bernard Kouchner embarrassé, de contacts secrets menés par un diplomate français à la retraite avec le Mouvement de la résistance islamique (Hamas) malgré l’interdit de façade, relance le débat. Yves Aubin de la Messuzière, un diplomate de carrière qui connait bien le monde arabe, a rencontré il y a un mois à Gaza "les principaux responsables du Hamas". Les Britanniques mèneraient, eux-aussi, une diplomatie parallèle en direction des islamistes palestiniens qui ont remporté les élections de janvier 2007 et tiennent la bande de Gaza depuis bientôt un an.

Par contraste, le président américain George Bush a établi la semaine dernière un parallèle entre toute négociation avec le Hamas, ou avec l’Iran, et l’attitude "munichoise" des démocraties vis-à-vis de l’Allemagne nazie avant le déclenchement de la deuxième Guerre mondiale. Il visait sans le nommer le démocrate Barack Obama, qui a réfuté l’accusation, mais s’est empressé de limoger l’un de ses conseillers, Robert Malley, un des meilleurs spécialistes américains du Proche Orient, qui, au titre de l’International crisis group (ICG), un think-tank basé à Bruxelles, avait été en contact avec le Hamas.

Le mois dernier, l’ancien président américain Jimmy Carter avait déjà fait scandale en allant explorer avec les dirigeants du Hamas basés à Damas le potentiel de négociation. Il avait été désavoué par l’administration Bush et le gouvernement israélien avait refusé de le rencontrer.

Intransigeance en vain

Après la victoire électorale du Hamas, il y a dix-huit mois, le Quartette (Etats-Unis, Union européenne, ONU et Russie) qui mène le ballet diplomatique au Proche-Orient, avait fixé des conditions pour tout dialogue avec le Hamas, qui passaient en particulier par la reconnaissance d’Israël et le renoncement au terrorisme. Depuis, officiellement, la position n’a pas changé, et s’est en particulier traduite par un coup de frein à l’aide internationale aux Palestiniens placés sous l’autorité du Hamas, qui a conduit à une sérieuse détérioration de leurs conditions de vie et conduit au blocus du territoire.

Cette position inflexible n’a servi à rien. Elle n’a pas affaibli la position du Hamas dans la bande de Gaza, elle n’a pas aidé à renforcer le statut du président palestinien Mahmoud Abbas et du Fatah, interdits de séjour à Gaza, et n’a pas empêché la nouvelle détérioration de la situation militaire entre Gaza et Israël ces derniers mois. La conférence internationale d’Annapolis, aux Etats-Unis, en novembre, avait prétendu relancer les efforts destinés à aboutir à la naissance d’un Etat palestinien avant la fin du mandat de George Bush. La tournée dans la région du président américain, la semaine dernière, a montré que ces efforts étaient vides de sens : l’Etat palestinien n’est toujours pas pour demain.

Parler au Hamas ? Les Israéliens eux-mêmes ont bien été obligés d’accepter une médiation égyptienne pour tenter de calmer le jeu militaire entre Gaza et les villes du sud de l’Etat hébreu. Côté français, l’objectif affiché par Yves Aubin de la Messuzière dans le Figaro est limité :

"Ce n’était pas une mission officielle, j’ai dit au Hamas qu’il devait se rapprocher au maximum des conditions imposées par l’Occident pour qu’on leur parle (mettre fin au terrorisme, reconnaître l’État hébreu et entériner les accords signés entre Israël et l’Autorité palestinienne, ndlr). Ils m’ont répondu qu’ils étaient prêts à accepter un Etat palestinien dans les frontières de 1967, ce qui équivaut à une reconnaissance indi­recte d’Israël. Ils se sont dits prêts à arrêter les attentats kamikazes, et ce qui m’a surpris, c’est que les dirigeants islamistes reconnaissent la légitimité de Mahmoud Abbas. Dans tous les bureaux où je suis allé, son portrait était collé à ceux des responsables du Hamas".

Une perspective régionale

Il parait peu probable que ce dialogue naissant change fondamentalement la donne diplomatique, même si le refus de parler au Hamas, du point de vue européen, avait de moins en moins de sens. En revanche, le gouvernement israélien continuera vraisemblablement à s’opposer à un tel dialogue, en raison de sa propre fragilité politique, et parce qu’il est encouragé dans son refus par une administration américaine finissante. Enfin, les relations hostiles entre Fatah et Hamas empêchent, à ce stade, toute percée réaliste.

De plus, cette évolution n’a de sens que replacée dans une perspective régionale : le rôle de la Syrie, l’équation iranienne, le récent coup de force du Hezbollah à Beyrouth… L’ouverture d’un dialogue officieux avec le Hamas est le premier tabou à sauter timidement, mais de nombreuses inconnues demeurent : y aura-t-il d’autres tentatives de dialogue "hérétique", avec Damas ou Téhéran par exemple ? Faudra-t-il attendre les élections américaines pour espérer le moindre mouvement sur le front proche-oriental ? L’optimisme n’est toujours pas de mise dans cette région sinistrée.

Voir l’article du Figaro

 

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