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Loading... Les raison d’une flambée des prix alimentaires en Afrique
Syfia
Étienne Tassé/Syfia Cameroun - Plus de trois semaines après les émeutes contre la vie chère qui ont secoué le Cameroun, les prix restent toujours aussi élevés. Les mesures de réduction fiscales annoncées par le gouvernement n’ont pas encore eu d’effet. D’après les commerçants, l’Etat n’a pas fait constater les stocks pour y appliquer une remise d’impôts qui aurait fait baisser les prix rapidement. "Depuis 2003, les prix du riz et de l’huile de palme ont doublé, les huiles raffinées, les pâtes alimentaires, la farine, le sucre, le poisson, le savon… ont augmenté de 30 à 100 % voire plus", souligne Roger Nfomeng, président du Groupement des commerçants à Douala. Les produits vivriers locaux grimpent au même rythme. "Maïs, haricots, banane, arachides, oignons, avocats, patates, tout a augmenté sur le marché", constate Nkouandou Issa, président national des vendeurs et exportateurs des produits alimentaires du Cameroun. 40 % de hausse en un an En février dernier, une nouvelle hausse du prix du carburant, de 16 Fcfa par litre, a provoqué une grève des transporteurs qui s’est muée en émeutes contre la hausse des prix. Des manifestations similaires, qui ont parfois fait des blessés, ont aussi secoué le Burkina Faso, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, où le coût de la vie grimpe aussi comme partout en Afrique. En Afrique de l’Ouest, explique l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) "les prix des produits alimentaires sont influencés principalement par les marchés internationaux du fait de la grande dépendance de ces pays à l’égard des importations de blé et de riz". Les prix alimentaires mondiaux ont en effet augmenté de près de 40 % en 2007, selon la FAO, le prix du blé de 83 % ! Au Cameroun, le prix de la farine de blé qui a bondi de 45 % en cinq mois a amené les vendeurs de beignets et certains boulangers à diminuer d’environ un tiers le poids des produits pour arriver à maintenir leurs prix. D’après Simon Johnson, directeur du département des études du Fonds monétaire international (FMI), comme l’alimentation représente plus de la moitié de l’indice des prix à la consommation dans de nombreux pays pauvres, la hausse des prix des céréales et de la viande se traduit aussitôt, dans ces pays, par une poussée de l’inflation. À l’origine de cette envolée des prix agricoles, une demande mondiale plus importante et des stocks en baisse. D’une part, les pays émergents, Inde et Chine en particulier, consomment plus. D’autre part, la production des biocarburants est en très forte expansion : des terres consacrées à la culture du blé ont été affectées au maïs dont une partie croissante de la production mondiale sert à fabriquer des biocarburants, de même que des milliers d’hectares de palmiers à huile ou de canne à sucre en Asie ou au Brésil. L’évolution actuelle des prix est aussi en partie due à la flambée des cours mondiaux du pétrole, passés de moins de 66 dollars à plus de 100 dollars le baril au cours des huit derniers mois. Les prix à la pompe au Cameroun, en hausse de 6 à 7 % en un an, ont été répercutés sur le transport des produits locaux, plus de près de 15 % entre les plantations de l’Ouest et Douala. Les vendeurs de produits vivriers qui les achètent plus cher que l’année dernière, ont augmenté leurs prix de plus de 30 %. Suspension des taxes à l’importation Au Cameroun, la fiscalité aggrave ces hausses, analyse Jules Nazard Fogué, agrégé d’économie et de gestion. Depuis 2005, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) a pris un demi-point et frappe désormais le sucre raffiné, les viandes, poissons et abats congelés. En 2006, elle s’est étendue à certains engrais et pesticides, quand l’impôt minimum passait de 1 % à 1,5 % du chiffre d’affaires des entreprises. Pour freiner l’inflation, la suspension des taxes à l’importation sur les produits de première nécessité (riz, poisson, blé, farine, huiles de table) est une des rares mesures que peuvent prendre les gouvernements, comme l’a fait le Cameroun. Il a aussi revalorisé de 15 % les salaires des fonctionnaires. Le Burkina a suspendu les droits de douane sur le riz et le lait en poudre. Au Sénégal, la taxe douanière sur le riz a été réduite, les produits de première nécessité ont été subventionnés au Mali, Maroc, Algérie et Tunisie. Les gouvernements ont également renforcé le contrôle des prix. Ces mesures qui privent l’État de ressources fiscales sont provisoires. Pour Roger Nfomeng, il faut attendre au moins six mois pour qu’elles commencent à jouer sur les prix, le temps que les commerçants écoulent les stocks en cours. Un rapport de la Banque européenne de reconstruction et de développement (Berd) analyse aussi que "nombre de ces mesures pourraient s’avérer contre-productives sur le long terme en provoquant des distorsions sur les marchés intérieurs ou en défavorisant les producteurs et les commerçants". Ce rapport préconise que les États facilitent les investissements tout le long de la filière agricole. La FAO appuie cette option en demandant que, dans les pays qui dépendent largement des importations alimentaires, soient prises en faveur des petits paysans "des actions urgentes visant à améliorer l’accès aux engrais, semences et autres intrants destinés aux principales cultures vivrières locales". En remettant aux paysans des bons pour l’achat d’intrants agricoles, le Malawi a doublé sa production agricole en trois ans ! Voir en ligne: La FAO
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