Loading...
Zimbabwe : « Les chefs d’Etat africains ont raté un rendez-vous avec l’Histoire »
Le Temps
Logo de l’Union africaine
2 juillet 08 - L’Union africaine n’a pas condamné Robert Mugabe, mais a appelé à un « gouvernement d’union nationale » au Zimbabwe. Alfred Yambangba Sawadogo, sociologue burkinabé, livre une analyse sévère de la gestion de cette crise par les chefs d’Etat africains

Angélique Mounier-Kuhn/Le Temps - Alfred Yambangba Sawadogo, sociologue burkinabé, a travaillé une vingtaine d’années auprès du Programme des Nations unies pour le développement en tant qu’expert des sociétés civiles. Il vient de publier Afrique : la démocratie n’a pas eu lieu(Editions L’Harmattan). Il livre une analyse sévère de la gestion de la crise zimbabwéenne par l’Union africaine (UA), dont les 53 chefs d’Etat et de gouvernement étaient réunis lundi et mardi en Egypte pour leur 11e sommet.

A quelle gestion de la crise au Zimbabwe pouvait-on s’attendre de la part de l’Union africaine ?

Les peuples africains sont habitués à ne pas attendre grand-chose des réunions de leurs chefs d’Etat. Or, cette conférence de Charm el-Cheikh était pour eux l’occasion de se racheter aux yeux de leur peuple, mais très peu auront tenu un langage de vérité. Ils auraient décidé de ne pas recevoir Robert Mugabe, de le consigner dans son hôtel, de l’humilier pour éviter que d’autres dans le futur ne recourent aux mêmes pratiques. C’est simplement indécent. Les chefs d’Etat africains ont raté un rendez-vous avec l’Histoire, ce qui signifie que la démocratie a encore des étapes à franchir.

Mais que pouvait faire l’UA ?

Elle aurait pu décider d’envoyer une troupe armée, comme l’a suggéré l’archevêque sud-africain Desmond Tutu. Il n’aurait pas fallu plus d’une demi-journée pour destituer Mugabe. Mais les dirigeants africains sont incapables de prendre une telle décision. Le chef de file Thabo Mbeki (ndlr : le président d’Afrique du Sud) s’est montré sourd aux opinions les plus évidentes, comme celle de Nelson Mandela (ndlr : qui a dénoncé la « tragique défaillance de la direction » du Zimbabwe). On se demande quel pacte le lie à Mugabe au-delà de la lutte contre l’apartheid. Dans ce contexte, la moins mauvaise solution est le partage du pouvoir (ndlr : entre Mugabe et l’opposition), une transition de vingt-quatre mois à l’issue de laquelle Mugabe se retirerait en tout honneur, éventuellement avec une immunité. Mais comment être sûr que l’opposant Morgan Tsvangirai ne se ferait pas tuer pendant ce temps ?

Pourquoi la démocratie a-t-elle tant de mal à s’enraciner en Afrique ?

Le pouvoir moderne est plus ou moins hérité des pouvoirs traditionnels. Les chefs traditionnels étaient intronisés à vie. Depuis, même si les constitutions ont prévu des jalons progressistes, l’exercice du pouvoir continue parfois de s’apparenter à celui des chefs traditionnels, avec les mêmes pratiques. Ils utilisent l’armée et la corruption dans un environnement de pauvreté et les intellectuels, qui pourraient se dresser comme une voix, ont malheureusement souvent suivi le pouvoir.

Comment jugez-vous la pression qu’exercent sur l’UA les pays occidentaux à propos du Zimbabwe ? Est-elle justifiée ?

L’Occident donne l’argent, il complète les budgets qui sont mal gérés par les Etats africains. Les Occidentaux sont dans leur bon droit lorsqu’ils tapent du poing sur la table pour dénoncer la malgouvernance en Afrique. Il ne faut pas être riche pour avoir une bonne gestion.

Est-ce à dire que l’UA et la mise sur pied du mécanisme d’auto-contrôle en matière de gouvernance, l’African Peer Review Mechanism, n’ont pas engendré de progrès ?

Non, pas du tout. Un exemple. Au milieu des années 1990, à un sommet de chefs d’Etat qui se tenait aussi en Egypte, il avait été décidé que chaque pays consacrerait 10% de son budget au développement de l’agriculture. C’est resté un vœu pieux. Si cet objectif avait été tenu, la flambée du prix des denrées alimentaires n’aurait pas eu lieu. Car le potentiel agricole est là.

Mais y a-t-il tout de même un espoir démocratique en Afrique ?

En Afrique de l’Ouest, par exemple, le Mali, le Bénin, le Sénégal et tout dernièrement la Mauritanie, où l’armée a déposé un dictateur en 2005, sont des lueurs d’espoir. L’armée est une institution qui peut jouer un rôle dans certaines circonstances, s’il est pensé dans l’intérêt du pays. Il y a aussi le Ghana. Et on constate que la dynamique économique va de pair avec la dynamique démocratique.

Voir en ligne: Union africaine
 

Commenter

Forum sur inscription

Pour réagir à cet article, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Identifiants personnels


[s'inscrire] [mot de passe oublié ?]

 
Pour lire d’autres articles sur un des thèmes abordés ici, utiliser la fonction «  recherche avancée »
Chartes  |  Qui sommes-nous ?  |  www.humanrights-geneva.info  |  Impressum  |  Web Chef d'édition: Michel Bührer
réalisé par vocables.com avec Spip
sommaire prix nicolas bouvier le temps geopolitis tsr.ch swissinfo rue 89 ipsnews infosud