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Le plan de l’ONU contre l’extrême pauvreté
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María Magdalena Sepúlveda. Photo UN/Virot
20 juin 08 - Qui sont les plus pauvres de la planète et que pourrait faire l’ONU pour les aider ? Voici les questions auxquelles la nouvelle experte sur l’extrême pauvreté, la Chilienne María Magdalena Sepúlveda, veut tenter de répondre

Juan Gasparini/Tribune des droits humains - María Magdalena Sepúlveda, 37 ans, vient d’être nommée rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté par le Conseil des droits de l’homme. Née dans une famille chiliene qui a subi la dictature de Pinochet (1973-1990), elle a obtenu son diplôme d’avocate à l’Université de Valparaiso, au Chili. Par la suite, elle a fait des études sur les droits de l’homme en Hollande et Angleterre. Elle a collaboré avec plusieurs ONG en Amérique Latine et avec le Conseil International pour l’études des droits humains, basé à Genève. Lors de cette huitième session du Conseil des droits de l’homme, elle a présenté son plan pour lutter contre l’extrême pauvreté. Interview.

En quoi consiste votre mandat ?

Je dois chercher les liens entre extrême pauvreté et droits de l’homme. Je pense mettre l’accent sur les plus pauvres des pauvres. Il est plus commode pour certains gouvernements d’agir sur les gens qui se trouvent juste en-dessous du seuil de pauvreté. Au bout de 4 ou 6 ans, ils peuvent montrer qu’ils ont réussi à sortir ces gens de cette situation. Mais il reste tous les autres, ceux qui sont tout au fond et qu’il est très difficile d’aider.

Comment définissez-vous l’extrême pauvreté ?

C’est la négation absolue des droits. Il y a un débat conceptuel sur l’extrême pauvreté. Celle-ci touche des gens qui ont de maigres revenus, n’ont aucune perspective de développement humain et se trouvent dans l’exclusion sociale. Chaque société définit son revenu moyen – les chiffres varient selon les régions du monde – et ceux qui sont en-dessous sont les pauvres. Pour l’Union Européenne, par exemple, ils doivent gagner moins du 60% du revenu minimal (une moyenne d’environ 500 euros par mois). Dans les pays en voie de développement, il peut s’agir de personnes ayant pouvoir d’achat d’un ou deux dollars par jour. Le manque de développement humain se mesure par le niveau de satisfaction des besoins de base, comme l’alimentation, l’éducation et la santé. L’exclusion sociale prend en compte le contexte. Le pauvre regarde son environnement et il voit qu’il ne peut pas faire ce que font les autres.

En quoi les pauvres sont-ils privés de leurs droits ?

Les droits de l’homme sont interdépendants. Qui est intéressé d’aller voter s’il est affamé ? Pour éradiquer la pauvreté, les politiques doivent respecter les principes de transparence, de participation et de responsabilité. Cela signifie que les autorités d’un pays auraient l’obligation de confronter leur agenda avec les pauvres afin de connaître leurs priorités. L’approche « droits de l’homme » permet de mesurer la participation des plus pauvres dans les plans des gouvernements élaborés par des anthropologues, des économistes et des sociologues.

Comment y parvenir ?

Lorsqu’il y a un service gratuit – par exemple dans mon pays, le Chili, l’assistance légale ou les urgences médicales – beaucoup pensent que les pauvres peuvent attendre. Il y a un préjugé qui dit que le pauvre a du temps. C’est le contraire. Dans la pratique, les pauvres ont moins de temps que les autres. Ils doivent se consacrer entièrement à satisfaire ces besoins de base et à faire face à des problèmes économiques, familiaux, de transport. Pour trouver des solutions, il vaut mieux les consulter.

Que pourrait faire l’ONU ?

Depuis 2006, l’ONU dispose d’une série de principes pour protéger les plus pauvres. Un document écrit sous la conduite du professeur chilien José Bengoa. (1) reconnaît l’extrême pauvreté comme une violation de la dignité humaine. Il propose aux États et à la communauté internationale de garantir un accompagnement adéquat pour venir en aide aux plus pauvres, dans le commerce, les investissements, les marchés et la dette extérieure des pays. Mais ces principes ne sont pas encore obligatoires pour les États.

Une nouvelle convention internationale ?

Oui, mais une convention prend dix ans de travail alors que nous sommes dans l’urgence. Il faut agir maintenant, car la crise alimentaire mondiale va provoquer 100 millions de nouveaux pauvres. Je vais m’employer dès à présent à convaincre les pays l’un après l’autre pour qu’ils adoptent ces principes sur le plan intérieur.

(1) Le chilien José Bengoa est l’un des 18 membres du Comité Consultatif des Droits de l’Homme nommé en mars 2008 par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Le mandat sur "la question des droits de l’homme et de l’extrême pauvreté" vient d’être reconduit lors de la huitième session du Conseil des droits de l’homme
 

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