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Loading... La sale guerre de Colombie continue
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Magda Fahsi/Tribune des droits humains - Liliana Uribe est une avocate colombienne de 42 ans. En 1993, elle fonde avec d’autres avocats la Corporacion juridica Libertad, une association d’aide aux victimes de la violence et des violations des droits de l’homme. Ce qui lui vaut aujourd’hui d’être menacée, en butte au harcèlement et aux intimidations constantes. Le rapport de la mission internationale fait état d’une augmentation des exécutions extra-judiciaires alors que d’autres sources rapportent une baisse de la violence en Colombie ces dernières années. Comment expliquez-vous cela ? Il est vrai que pour certains indicateurs de la violence, les chiffres sont en baisse. C’est le cas pour les enlèvements, les homicides, certaines violations du droit international humanitaire. Mais les détentions arbitraires et les exécutions extra-judiciaires, elles, ont clairement augmenté. Ainsi, la mission d’observation internationale a recensé, entre juillet 2002 et juin 2007, 955 exécutions extra-judiciaires. Ce sont celles pour lesquelles nous disposons d’informations, mais nous pensons qu’il y en a beaucoup d’autres car les gens ont peur de porter plainte. On pourrait penser qu’il s’agit là d’un gouvernement qui après tout se bat contre des groupes de guérilla et des para-militaires. Mais selon nos informations, ces personnes ne sont pas mortes dans le cadre de combats ; il s’agit de civils, paysans, leaders syndicaux ou indigènes, arrêtés chez eux, à leur travail, torturés et puis tués. Autrement dit, on est en train de favoriser une sortie militaire au conflit. Qui est responsable de ces exécutions ? L’armée, qui présente systématiquement ces victimes comme étant des guérilleros alors qu’il s’agit le plus souvent de civils. De plus, nous croyons qu’il s’agit-là d’une pratique délibérée et systématique, qui s’est vue dans presque tous les départements du pays et toujours selon le même mode d’action : quand une opération militaire a lieu, peu auparavant, on arrête des civils. Ils disparaissent, leurs proches ignorent où ils sont et on finit par les retrouver morts dans d’autres départements, souvent en uniforme et avec des armes alors que, selon leurs proches, quand ils ont disparus, ils étaient en civil et ne portaient pas d’armes. Parfois, les documents d’identité ont disparu et on les enterre comme anonymes. Quand on les récupère, les corps sont décomposés, il est difficile de les identifier. Ce qui nous fait dire que c’est une politique d’Etat. Et ce qui constitue un facteur aggravant, ce sont des tribunaux militaires qui traitent ces affaires ; elles n’aboutissent presque jamais et ces crimes demeurent donc impunis. Nous demandons à ce que dans les cas présumés de violations de droits de l’homme impliquant des militaires ou des policiers, ce soit la justice ordinaire qui soit saisie, conformément à l’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle colombienne il y a quelques années. Comment expliquez-vous cette violence ? Je pense qu’il y a une pression certaine sur l’armée pour qu’elle obtienne des résultats, pour justifier les dépenses militaires, pour donner l’impression que le gouvernement est en train de gagner la guerre et avoir par la même occasion une raison de la poursuivre. Par ailleurs, les militaires reçoivent des incitations économiques sous forme de prime ou de congé spécial pour leur ‘succès dans la lutte contre la guérilla’. On est clairement dans une logique de guerre. Le président Uribe a pourtant été massivement réélu. Oui, et il est même très populaire. Mais je crains fort que ce soit parce que les violations commises par les militaires ne sortent pas dans les médias, donc les gens s’imaginent vraiment que les choses sont en train de s’améliorer. Ce qui se passe dans les communautés paysannes reculées est rarement rapporté. De plus, ces mêmes média mènent une véritable campagne en faveur du président. Il bénéficie aussi du soutien des Américains et des Européens. Oui, les Etats-Unis ont un programme d’aide directe à la Colombie ; et certains gouvernements européens le soutiennent aussi. Quand il dit que les personnes tuées sont des guérilleros, beaucoup le croient sur parole. C’est pourquoi nous avons voulu cette mission d’experts ; et c’est pourquoi je fais actuellement le tour des capitales européennes : pour tenter de les informer de ce qui se passe vraiment. Ce qui nous préoccupe beaucoup, c’est que certains pays européens soutiennent la réforme du système pénal militaire qui prévoit le transfert de ces juridictions militaires de l’exécutif au judiciaire. Dans les faits, ce seront toujours les juges militaires qui s’occuperont de ces cas, c’est donc un changement de façade. On vous reproche souvent de ne pas parler de la violence des FARC. Que ce soit clair, la Corporacion juridica Libertad s’occupent des victimes de toutes les violations des droits de l’homme ; nous les informons, nous les incitons à faire valoir leurs droits, nous les aidons dans leurs démarches auprès de la justice. Mais si nous insistons tellement sur les exécutions extra-judiciaires, c’est parce qu’elles bénéficient d’une impunité presque absolue, contrairement aux violences commises par les FARC qui font l’objet, elles, de poursuites judiciaires et de sanctions. Certains, dont le gouvernement colombien, tentent de nous assimiler à la guérilla, pour nuire à notre crédibilité. C’est une insulte au travail que nous menons depuis plus de 15 ans sur le terrain. Et c’est une façon d’essayer de nous faire taire. En octobre 2007, une mission internationale d’observation, composée de 13 experts indépendants originaires d’Allemagne, d’Espagne, des Etats-Unis, de France et du Royaume-Uni et parrainée par les Nations unis, se rendait en Colombie à l’invitation de la Coordinacion Colombie Europe Etats-Unis, une plateforme de 177 ONG actives dans le domaine des droits de l’homme. L’objectif de la mission était d’enquêter sur les exécutions extra-judiciaires et l’impunité dans ce pays. Leur rapport préliminaire fait état d’un ‘nombre élevé de ce que l’on appelle, en droit international, des exécutions extra-judiciaires, arbitraires ou sommaires’, qui bénéficient ’d’une impunité absolue dans la majorité des cas’. De plus, toujours selon le rapport, les ‘enquêtes menées le sont le plus souvent par la juridiction pénale militaire, ce qui ne garantit pas une enquête impartiale’. Une version définitive sera disponible à partir du mois de mai. Voir en ligne: la Corporacion juridica Libertad
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