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L’exil des Palestiniens, depuis 60 ans
swissinfo
Via Dolorosa, Jérusalem. Photo swissinfo
15 mai 08 - Tandis que les Israéliens célèbrent le 60ème anniversaire de leur pays, les Palestiniens se souviennent de leur côté de la « Nakba », la catastrophe. Au milieu des commémorations, une jeune Palestinienne évoque ses souvenirs, ses espoirs et ses peurs.

Victoria Bruce/swissinfo, Jérusalem - Lorsque j’étais petite, il y avait toujours des feux d’artifice à cette époque de l’année », se souvient Shireen Bakleh (nom et prénom d’emprunt). « Nous faisions en sorte de les ignorer et je ne savais même pas ce qu’on célébrait. »

« Mes parents ne me l’ont jamais expliqué. Ils ne voulaient pas m’avouer que ces feux d’artifices célébraient l’effondrement de notre peuple. Ils voulaient simplement que je vive une enfance normale et heureuse. »

Entre 700’000 et 900’000 Palestiniens ont fui leurs terres entre juin 1946 et la fin officielle de la guerre de Palestine en janvier 1949. C’est cette période, qui a vu la création de l’Etat d’Israël, que les Palestiniens désignent du nom de « Nakba », la « catastrophe ». Aujourd’hui, les descendants de ces réfugiés sont près de 4,5 millions, répartis dans tout le Moyen-Orient.

Des citoyens de seconde zone

La famille de Bakleh a été parmi les plus chanceuses. Du côté de sa mère, ses parents ont pu rester à Haïfa lorsque la ville côtière est tombée sous la juridiction d’Israël. Son grand-père y possédait un commerce de tissus dont il s’est occupé jusqu’à sa mort l’an dernier, à l’âge de 87 ans.

Ils sont par conséquent devenus des « Israéliens arabes », selon la terminologie officielle que Bakleh n’aime pas du tout. Ce qui veut dire qu’ils possèdent la nationalité israélienne tout en demeurant des Palestiniens et passent de ce fait pour des citoyens de seconde zone en Israël.

La famille de son père a dû abandonner la maison familiale en 1948. Détruite, elle a fait place à un immeuble locatif. Mais l’arbre que son oncle avait autrefois planté est toujours là, et la famille lui rend parfois visite.

Le père de Bakleh possède un laissez-passer, un document qui doit être renouvelé chaque année et qui l’autorise à résider à Jérusalem, bien qu’il ne possède aucune nationalité, ni l’israélienne, ni une autre.

En sa qualité d’Israélienne arabe, Bakleh détient en revanche le passeport israélien. Ce qui lui confère une liberté de voyage dont sont totalement dépourvus les réfugiés palestiniens de la troisième génération, répartis en Cisjordanie, à Gaza, en Jordanie, en Syrie et au Liban.

Négation de l’histoire

Aux yeux de Bakleh, la tragédie du peuple palestinien s’explique pour une bonne part par les mensonges qu’Israël s’obstine à distiller à propos de l’histoire de la région et par l’ignorance de la population à l’égard de la culture palestinienne.

Les jeunes Israéliens apprennent à l’école que cette terre leur appartient et qu’elle était inhabitée avant leur arrivée. le fameux slogan « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », que scandait à l’époque le leader sioniste Israel Zangwill, imprègne encore aujourd’hui la conscience collective.

Bakleh a suivi sa scolarité dans une école catholique privée de Jérusalem-Est, fréquentée aussi bien par des Palestiniens chrétiens que musulmans. Dans ses manuels d’histoire en arabe, dûment approuvés par les autorités scolaires israéliennes, aucune mention n’était faite de l’histoire palestinienne ni du conflit israélo-arabe.

C’est grâce aux récits de ses parents et de ses grands-parents ainsi que par les digressions d’un professeur qui n’avait pas peur de transgresser le discours officiel, qu’elle a découvert sa propre histoire et celle de son peuple. Une queue et des cornes

La mère de Bakleh est née à Haïfa en 1948. « Alors qu’elle venait de naître, deux femmes juives sont venues à la maison et se sont mises à examiner sa chevelure et à soulever sa couche. On racontait alors aux Juifs que les Arabes naissaient avec une queue et des cornes et elles ont voulu voir cela de leurs propres yeux. »

Pour Bakleh, ce conte familial en dit long sur tout ce qui ne fonctionne pas avec Israël aujourd’hui. Dans la presse et la culture populaire, les Arabes sont démonisés, tant en Israël qu’en Occident. Ils sont considérés comme un peuple pauvre, ignorant et violent. Une image encore renforcée par les attentats suicides commis depuis la seconde Intifada.

Bakleh a peu d’estime pour les nombreux projets qui ont vu le jour dans le cadre du processus de paix, pour tenter de rapprocher les Israéliens et les Palestiniens. Selon elle, ils ne visent pas les vrais problèmes, soit tous les obstacles qui empêchent les Palestiniens de vivre une vie normale. Elle cite plusieurs exemples.

Le territoire de la Cisjordanie, dont Israël occupe encore 40%, est fractionné à l’extrême par d’innombrables checkpoints et un réseau de routes exclusives donnant accès aux bases militaires et aux colonies juives, que les habitants palestiniens ne sont pas autorisés à emprunter.

Culture de la peur

En 2005, Israël a initié la construction d’un mur de huit mètres de haut pour rendre ses frontières imperméables. A terme, il s’étendra sur 700 kilomètres et traversera les terres les plus fertiles de Cisjordanie. Ce mur pèse lourdement sur la vie quotidienne des Palestiniens, en les séparant de leurs terres, de leurs familles, de leurs travail et de leurs ressources en eau.

Dans la Bande de Gaza, 1,4 million de Palestiniens vivent sous le blocus israélien depuis que l’organisation militante du Hamas est arrivée au pouvoir en juin de l’année dernière.

« Dès leur enfance, on inculque aux Israéliens la peur de tous les Arabes et des Palestiniens et la crainte d’une invasion de leur pays. C’est cette culture de la peur qui est l’arme la plus efficace dans l’arsenal israélien, pas la bombe atomique », conclut Bakleh.

Traduction de l’anglais : Laurent Andrey

 

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