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Loading... L’ONU déplore un « bain de sang » au Sri Lanka
Angélique Mounier-Kuhn/Le Temps - Que s’est-il vraiment passé au cours du week-end dans la poignée de kilomètres carrés où s’affrontent l’armée sri lankaise et les derniers reclus des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) au nord-est du pays ? En l’absence d’observateurs indépendants, nul ne peut faire un récit circonstancié des événements qui se déroulent dans cette zone, appelée « de sécurité » par le gouvernement à cause des dizaines de milliers de civils qui y restent captifs des insurgés. En réalité, un déluge de feu s’y abat depuis des semaines, qui entrave ponctuellement l’évacuation des blessés par le Comité international de la Croix-Rouge. Le CICR est le seul intervenant autorisé par Colombo dans la région, dont il est parvenu à faire sortir 10 000 personnes depuis le 10 février. Pilonnage au mortier Le pilonnage au mortier se serait intensifié ces trois derniers jours, au point de causer « un bain de sang », s’est alarmé lundi dans les médias Gordon Weiss, le porte-parole des Nations unies à Colombo, d’ordinaire mesuré dans ses interventions. La violence des bombardements a engendré une « tuerie de civils, parmi lesquels 100 enfants », a-t-il déclaré à l’AFP et à plusieurs médias, se basant sur des « sources considérées comme fiables ». Plus tard dans la journée, il a décliné d’autres demandes d’interviews, dont celle du Temps. Et pour cause : la montée au créneau de Gordon Weiss a braqué l’Etat sri lankais comme jamais depuis le lancement de son « offensive finale » contre les Tigres à la fin de l’année passée. Par la voix de Palitha Kahona, son secrétaire aux Affaires étrangères, le pays s’est déclaré « gravement offensé ». Amin Awad, le représentant de l’ONU dans l’ancienne Ceylan, a été convoqué pour la remise d’une lettre de protestation officielle. En soulignant que « le scénario du bain de sang est avéré », Gordon Weiss a donné corps aux pires appréhensions de John Holmes, le sous-secrétaire aux Affaires humanitaires de l’ONU, qui s’est rendu par deux fois au Sri Lanka depuis le début de l’année. Dès le mois d’avril, il avait mis en garde contre l’éventualité de plus en plus menaçante d’un « bain de sang sur les plages du nord du Sri Lanka ». Il avait enjoint dans une tribune du Guardian aux LTTE de ne pas entraver la liberté de mouvement des civils et à Colombo de tenir sa promesse de ne pas recourir à l’arme lourde. Cette dernière n’est pas respectée, ont affirmé sans ambages hier les responsables de plusieurs ONG, dont Human Rights Watch, et Gareth Evans, le président d’International Crisis Group (ICG), dans une lettre collégiale à Taro Aso, le premier ministre du Japon. Colombo « a de façon répétée menti au Japon et aux Nations unies en niant le recours à des armes lourdes dans la « zone de non-feu », martèlent les auteurs de la missive, tout en dénonçant la transformation des civils par les Tigres en boucliers humains. Alors que devait se tenir hier une nouvelle réunion informelle du Conseil de sécurité de l’ONU au sujet de cette crise humanitaire, ils demandent au Japon d’endosser ses responsabilités, en tant que membre non permanent du Conseil mais aussi « d’acteur puissant de la scène humanitaire et de principal pourvoyeur d’aide internationale au Sri Lanka ». Jusque-là, Tokyo s’est toujours abstenu de critiquer les méthodes du président Mahinda Rajapaksa et de son clan. Reporters expulsés En les mettant explicitement en cause dans un reportage diffusé le 5 mai passé, trois reporters de la chaîne britannique Chanel 4 news ont été expulsés ce week-end du Sri Lanka, un incident sans précédent depuis le début de l’année. Cette équipe est la première à avoir introduit clandestinement une caméra dans un des camps installés par le gouvernement pour les Tamouls rescapés de la zone de combat. Des témoignages font état de pénuries d’eau et de nourriture et, pire, d’abus sexuels et de cadavres abandonnés à l’air libre.
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