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L’Islam victime du patriarcat
Tdh
Azizah al-Hibri (à g., photo M. Fahsi)) et Asma Lamrabet (photo D.R.) ne se sont jamais rencontrées
13 mai 08 - L’Islam est victime d’interprétations patriarcales du Coran qui datent d’une époque révolue et ne correspondent pas au message spirituel égalitaire original. Telle est l’idée défendue par deux expertes musulmanes, l’une marocaine, l’autre libano-américaine, qui se sont penchées sur la condition des femmes en Islam.

Magda Fahsi/Tribune des droits humains - « Il est devenu banal de présenter l’Islam comme étant l’un des principaux freins à la modernité, aux droits de la femme. Résultat : nous, les femmes musulmanes, passons notre temps à nous justifier, à nous confondre en excuses devant la situation des femmes en terre d’Islam que ce soit au Nigeria, au Soudan, en Afghanistan… ». Asma Lamrabet , médecin à l’hôpital des enfants de Rabat (Maroc), coordinatrice d’un groupe de recherche et de réflexion sur la femme musulmane et auteure d’ouvrages sur la question, dénonce volontiers le discours ‘médiatico-politique simpliste’ de certains en Occident, prompts à qualifier l’Islam de « rétrograde » et pour qui « la femme musulmane est devenue l’icône culturelle de l’oppression au nom du religieux ».

Or, si elle admet volontiers que la situation des femmes musulmanes est loin d’être idéale, ce ne sont pas les textes sacrés qui en sont responsables, juge-t-elle : « Nulle part dans le Coran, il n’est dit que les hommes sont supérieurs aux femmes ». Une affirmation que confirme Azizah al-Hibri, professeur de droit à l’université de Richmond, en Virginie (Etats-Unis) et présidente de l’association Karamah d’avocates musulmanes pour les droits de l’Homme : « Le Coran dit que les hommes et les femmes sont créés à partir de la même âme ; ils sont de même nature spirituelle et humaine. Le Prophète lui-même disait que les femmes étaient les moitiés scindées de l’homme. Vous voyez, on est loin de la vision d’une Eve créé à partir de la côte d’Adam ! »

Selon Azizah al-Hibri, le Coran reconnaît au contraire une série de droits aux femmes. Ainsi, affirme-t-elle, est-il « incorrect de dire qu’elles ne peuvent pas travailler. Le Prophète par exemple consultait régulièrement les femmes sur les affaires de l’Etat et il entendait qu’elles jouent un rôle majeur tant au sein de la famille que dans la communauté ». Quant aux mutilations génitales, crimes d’honneur et mariages forcés, ils n’ont tout simplement rien à voir avec l’Islam : « Aucun mariage n’est valable en Islam sans le consentement libre et éclairé des deux époux. Et les crimes d’honneur sont considérés comme tels, à savoir des crimes ».

Asma Lamrabet et Azizah al-Hibri ne se sont jamais rencontrées (les entretiens ont été réalisés séparément) ; l’une est marocaine, l’autre est libano-américaine ; l’une porte le foulard, l’autre pas ; mais elles tiennent un discours étrangement similaire. Pour elles, le problème vient du fait que les premiers juristes ont interprété les textes sacrés en partant de la société patriarcale et traditionnelle dans laquelle ils vivaient. « Ces interprétations ont été reprises par des générations successives de juristes et ont fini par devenir des lois immuables », explique Asma Lamrabet. « Il faut donc distinguer les textes sacrés de la jurisprudence (fiqh) ; or c’est dans cette jurisprudence sclérosée qui n’a plus évoluée depuis des siècles que l’on retrouve les pires discriminations envers les femmes ».

Au fil du temps, le décalage entre le message spirituel et la réalité s’est accentué. Ainsi, affirme Azizah al-Hibri, « au cours des siècles, la culture patriarcale a créé autour des textes religieux une trame serrée d’interprétations tronquées qui réduisent le statut de la femme musulmane à celui de quelqu’un de rang inférieur ».

Témoins de la vivacité de la réflexion actuellement en cours en Islam, les deux expertes reflètent aussi un courant grandissant qui s’efforce de trouver une troisième voie entre un rigorisme conservateur et ce que Asma Lamrabet appelle la ‘vision nihiliste’ de certains modernistes qui veulent faire table rase de toute la tradition islamique. Et cette voie passe par une réinterprétation actualisée et contextualisée des textes sacrés.

Autrement dit, pour combattre ces croyances intériorisées sur la supériorité supposée de l’homme et libérer les femmes musulmanes de leurs béquilles, il faut, estime Azizah al-Hibri, « en revenir aux textes originaux et redécouvrir ce que l’Islam enseigne sur les questions de genre » ; parce que, ajoute Asma Lamrabet, « la fidélité au texte coranique, c’est justement savoir le relire dans chaque contexte avec un nouveau souffle ».

 

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