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Loading... « Il ne faut pas criminaliser la critique des religions »
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Propos recueillis par Juan Gasparini/Tribune des droits humains - Le Guatémaltèque Frank La Rue Lewy est à Genève pour sa première visite en tant que rapporteur sur la liberté d’expression. Ancien réfugié aux États-Unis à l’époque de la dictature militaire qui a dévasté son pays, ce militant de la société civile et journaliste assume un mandat amendé par un groupe d’États islamiques, arabes et africains, qui voudraient une attention particulière de sa part sur la notion de « diffamation des religions ». Plusieurs gouvernements islamiques se sentent victimes d’attaques contre leur appartenance religieuse. Ils demandent une intervention accrue de l’ONU. Qu’en pensez-vous ? Ils disent que dans le monde actuel il y a un préjudice contre l’islam. Je tends à croire que c’est vrai et je leur donne raison. Depuis le 11 septembre 2001, on voit l’islam comme le berceau du terrorisme. Il s’agit d’un stéréotype inquiétant. Je pense que dans le monde islamique la majorité de la population croit à la paix et voudrait vivre en harmonie. Ces gouvernements voudraient créer une nouvelle norme à l’ONU pour réprimer la « diffamation des religions ». Est-elle nécessaire ? Non. La diffamation des religions n’existe pas. Ce qui existe, c’est faire du mal à une personne ou à un groupe humain, mais je ne peux pas transformer ceci en une abstraction. Il est normal de se prononcer sur n’importe quelle religion et cela ne devrait pas constituer un délit. Le problème est la discrimination à cause de la religion. Mais cela ne doit-il pas être réglé par la loi du pays où le fait contesté a eu lieu ? Oui. Tous les droits de l’homme ont implicitement un niveau personnel de responsabilité. Le Pacte des droits civils et politiques de l’ONU établit les limites de l’exercice de la liberté d’expression. C’est le respect de l’autre, la sauvegarde de la sécurité et de la santé nationales, de l’ordre et de la moralité publiques. Ce Pacte interdit tout appel à « la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence ». Il revient aux États de faire des lois et de les appliquer pour y arriver. Est donc condamnable toute attitude de discrimination ou d’incitation à la violence ou à l’hostilité contre un groupe humain en raison de sa religion. Mais ces restrictions sont liées aux actes des individus concrets. Quels sont les critères pour aborder la question des religions dans le journalisme ? Le journalisme, qui est à moitié un art et à moitié une science, peut adopter des formes multiples. Il est valide d’utiliser l’ironie, le sarcasme et la moquerie, comme dans les caricatures. Certains se moquent des fonctionnaires publics ou de l’Église Catholique, c’est très courant dans mon continent. Ça fait partie de la liberté d’expression. Les restrictions doivent être vues avec le microscope et lorsqu’il y a fautes graves concernant la violence ou la discrimination. En général, le langage du rire pour critiquer est absolument normal. Mais certains affirment que c’est différent avec la religion. Pour eux, on ne peut pas faire de caricatures de Mahomet. Les fondamentalistes islamiques réclament maintenant une nouvelle fatwa, comme celle que l’Ayatollah Khomeyni avait lancée en 1989 contre Salman Rushdie pour ses « versets sataniques », afin d’empêcher la sortie en Grand Bretagne d’un nouveau roman sur le prophète et Aisha, la fille de six ans qui fut son épouse. Ils réclament la peine de mort contre l’auteur, Sherry Jones, et l’éditeur, Martin Rynja, avec la loi musulmane comme base légale. Il arrive des choses de ce genre partout dans le monde. Le Ku Klux Klan manifeste publiquement une conduite raciste, pourtant il n’est pas illégal aux États-Unis. Reagan avait parlé de « l’empire du mal » pour se référer à l’idéologie de l’Union Soviétique pendant la « guerre froide ». Il y a un film sur Bush qui a été interdit par Berlusconi. Un chanteur de rap à Paris est visé par une plainte de Sarkozy. Quant aux religions, je crois à la diffamation des communautés qui se définissent par une religion. La diffamation ou la discrimination est dirigée contre des êtres humains. Il faut protéger les groupes humains. Il faudra que toute dénonciation soit clairement démontrée et qu’elle vienne des communautés, pas de l’État. La critique des religions ne doit pas être criminalisée. Le Brésil médiateur pour Durban II ? La nouvelle ambassadrice du Brésil pour les droits de l’homme, Maria Nazareth d’Azevedo, est pressentie comme la facilitatrice pour chercher un accord sur le document final de la deuxième « Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée », prévue à Genève entre le 20 et le 24 avril 2009. Lundi 6 octobre, une première version du document a été présentée au Palais des Nations, au début des pourparlers pour préparer le futur sommet. Mais les divergences persistent, notamment au sujet de la notion de « diffamation des religions ». Les pays de la Conférence islamique et quelques uns d’Afrique et d’Asie voudraient créer une nouvelle norme au niveau de l’ONU pour la pénaliser, mais les pays Occidentaux et certains Latinos s’y opposent au nom de la liberté d’expression. Ceux-ci considèrent comme suffisantes les dispositions du Pacte des droits civils et politiques sur « l’interdiction de la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence ». Les négociations vont se poursuivre à Genève jusqu’au 18 octobre prochain. Juan Gasparini 1 commentaire Commenter >
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