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Géorgie : mission floue de l’UE
Le Temps
D.R.
29 septembre 08 - Les premiers observateurs européens sont arrivés à Tbilissi pour effectuer un mandat qui demeure ambigu

Richard Werly/Le Temps, envoyé spécial à Vienne - Premiers pas, premières ambiguïtés. Débarqués à Tbilissi la semaine dernière, la quarantaine de gendarmes français envoyés pour participer à la mission de surveillance européenne du cessez-le-feu en Géorgie (MSUE) devrait finalement être autorisée à porter des armes individuelles.

La présidence française de l’Union européenne avait initialement annoncé que les 200 observateurs européens de la mission qui débutera le 1er octobre ne seraient pas armés. Mais une fois à Tbilissi, les intéressés se sont inquiétés de leur sécurité. La MSUE, arrachée aux autorités russes par Nicolas Sarkozy lors de sa visite à Moscou le 8 septembre, puis constituée à la hâte, devrait au total atteindre un peu plus de 300 personnes.

Cette ambiguïté s’ajoute à d’autres. A commencer par celle entourant son mandat. Alors que l’OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, basée à Vienne) disposait, avant les hostilités, de 8 observateurs en Ossétie du Sud et que l’ONU en compte toujours 140 en Abkhazie, l’UE peut, selon les textes signés, se déployer dans les zones « adjacentes » des deux républiques séparatistes dont la Russie a reconnu l’indépendance. Les Russes, qui y avaient installé une vingtaine de « check-points », doivent, eux, s’en retirer d’ici au 10 octobre. Ce qu’ils semblent avoir presque achevé.

« Le texte est clair confirme, à Vienne, un diplomate de haut rang. Et l’on peut faire confiance à Moscou pour tout verrouiller. Les Russes, cyniques, affirment que le boulot des Européens est… d’empêcher les Géorgiens de contre-attaquer. » Une version contestée à Bruxelles, où l’on estime que la mission a vocation à être déployée partout.

Une autre ambiguïté porte sur la concurrence des mandats de l’OSCE et de l’UE. L’OSCE – dont la Russie, la Géorgie – a dû évacuer, au début des hostilités, son personnel de Tskhinvali, la capitale ossète. Elle a ensuite obtenu, le 19 août, le droit de déployer jusqu’à 100 observateurs, et en a aussitôt dépêché 20, dont un officier suisse. La Confédération reste prête à en envoyer un autre, ainsi que du matériel.

Les discussions entre Russie et Géorgie étant bloquées, l’organisation dispose aujourd’hui de 28 observateurs, tous ex-militaires, en uniforme et béret jaune. Lesquels font entre 4 et 5 patrouilles quotidiennes dans les zones frontalières de l’Ossétie du Sud. Sans pouvoir toutefois y pénétrer.

Tout en se félicitant du déploiement européen et en reconnaissant « qu’il fallait agir dans l’urgence », les responsables de l’OSCE s’interrogent. Car les affirmations de Bruxelles selon lesquelles l’UE s’occupera du « civil » et l’OSCE du « militaire » ne convainquent guère. D’abord, parce qu’une bonne partie des observateurs européens sont aussi des militaires. Ensuite, parce que le modus operandi de la MSUE demeure flou. A qui les 200 observateurs de l’Union rapporteront-ils ? Qui informera, en cas de problème, Moscou et Tbilissi ? D’où l’idée de faire remonter les informations à Vienne, où les 56 ambassadeurs des pays de l’OSCE se réunissent chaque jeudi. « A la vérité, concède un diplomate, le chevauchement de nos missions est complet. Essayons juste de limiter les dégâts. »

Mais le véritable obstacle est le refus russe de laisser pénétrer l’UE en Abkhazie et en Ossétie du Sud. « Ils ont deux arguments imparables poursuit notre interlocuteur : l’accord original Sarkozy-Medvedev, et le fait que pour eux, il s’agit désormais de deux pays indépendants avec lesquels Bruxelles doit parler. »

Que restera-t-il à observer alors, une fois que les troupes russes se seront repliées à l’intérieur de ces deux territoires avec lesquels Moscou a signé des accords pour maintenir en permanence près de 8000 soldats ? On concède à Vienne que les 28 observateurs de l’OSCE « quadrillent déjà bien la zone adjacente de l’Ossétie du Sud », pauvre en routes, et où les trois défis sont la protection des villages géorgiens, l’appui humanitaire aux déplacés, et la présence d’obus ou mines non explosés. Le mandat de l’ONU en Abkhazie doit être, lui, discuté le 15 octobre au Conseil de sécurité.

Reste bien sûr le geste politique : l’enracinement de l’UE en Géorgie. « L’accord Sarkozy-Medvedev entérine de fait la victoire russe, conclut un ambassadeur. Mais avec cette mission de surveillance, l’Union a planté une épine dans le pied de Moscou . »

 

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