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Loading... Fils de tyrans, maudite engeance
Le Temps
Angélique Mounier-Kuhn/Le Temps - Il avait l’œil sombre, les sourcils touffus de son père et un penchant certain pour le sadisme. Oudaï, le fils du dictateur irakien Saddam Hussein, est mort comme il avait vécu, dans la violence. Tué, avec son frère Quoussaï, lors d’un raid de l’armée américaine à Mossoul en juillet 2003. Aîné de la fratrie, « il était particulièrement violent et connu pour apprécier les jolies femmes, relate Françoise Brié, collaboratrice à l’ouvrage Le livre noir de Saddam Hussein (*). Des témoins rapportent qu’il enlevait pour des soirées animées des jeunes filles que l’on ne revoyait jamais et qu’il avait exécuté plusieurs personnes de ses propres mains. » Ce jouisseur, racketteur à plein temps, aimait aussi le foot, les belles voitures et le clinquant. Le parcours d’Oudaï est extrême par sa monstruosité. Mais les histoires de fils de tyrans ayant mal, très mal tourné, sont légion. Les récentes frasques d’Hannibal Kadhafi, inculpé avec sa femme mi-juillet par la justice genevoise pour maltraitance envers ses domestiques, viennent de le rappeler. Ce n’était pas une première pour le rejeton du Guide suprême de la révolution libyenne : féru de bolides, il avait notamment été arrêté une nuit de septembre 2004 au volant de sa Porsche sur les Champs-Elysées parisiens, à contresens, à 140 km/h et ivre. Un policier avait été sévèrement blessé dans la rixe qui avait accompagné son interpellation. Autre amateur de sensations fortes, Nicu Ceausescu, le fils du dictateur communiste roumain Nicolae Ceausescu, a tiré sa révérence depuis longtemps. Alcoolique invétéré, il est mort en 1996 d’une cirrhose, tout comme en 1962 – date supposée – Vassili, le fils préféré de Staline, lui aussi porté sur la bouteille. Avant de sombrer dans la maladie, Nicu Ceausescu avait écumé les salles de jeu du monde entier et organisait des fêtes orgiaques dans un Bucarest tenaillé par la faim. « La personnalité se construit à partir de trois éléments, la part génétique, l’éducation et l’expérience, qui renforce ou affaiblit les traits de personnalité », explique Pascal de Sutter, expert en psychologie politique. Autrement dit, Hannibal aurait peut-être fini par intégrer le caractère inapproprié de son comportement, si Kadhafi père avait choisi de lui couper les vivres plutôt que de lui offrir un soutien inconditionnel. Mais bien souvent, pour les fils des Caligula des temps modernes, le triptyque se révèle infernal : « La base génétique est fragile. Car la psychopathie – il en faut une certaine dose à un dictateur pour trahir et exécuter ses amis – a une composante génétique, poursuit ce chercheur de l’Université de Louvain-la-Neuve. L’éducation n’impose souvent aucune limite et l’expérience est celle de comportements déviants. Ce à quoi il faut ajouter l’exemple, celui du père modèle. C’est très frustrant pour un enfant de faire moins bien que son père. » « Un dictateur intelligent n’utilise que la coercition nécessaire pour se maintenir au pouvoir. Il n’aura recours à la cruauté que si elle a une force dissuasive », tempère Reed Brody de Human Rights Watch, dit le « chasseur de dictateurs ». Le problème est « que le descendant d’un dictateur peut ne pas être aussi intelligent que lui. Tout lui a été livré sur un plateau. Alors que son père a dû ruser pour échapper non seulement à la démocratie, mais à son entourage et aux coups d’Etat », ajoute le défenseur des droits de l’Homme. Brahim Déby, le fils de l’homme fort du Tchad, grand amateur de soirées parisiennes interlopes, n’a pu se soustraire à un destin funeste. A 27 ans en 2007, il a été assassiné dans le parking de son immeuble en région parisienne. Un an plus tôt, la justice française lui avait infligé six mois de prison avec sursis pour port d’arme et détention de drogue. Faisal Wangita, l’un des innombrables héritiers de l’Ougandais Idi Amin Dada, est lui sous les verrous. Condamné en mai 2007 pour avoir participé à Londres à une bagarre qui avait entraîné la mort d’un jeune Somalien, il était déjà lesté, à 25 ans, d’un lourd casier : possession d’arme, vol et menaces. Quant à Marko Milosevic, fils de Slobodan, il court toujours. Play-boy a la tête d’un empire commercial dans l’ancienne Yougoslavie, il avait une passion pour les voitures de course, les filles et les armes. « Je ne peux pas m’asseoir dans une voiture sans musique ni pistolet. Tout doit être là. Il me faut une fille, de la musique, une voiture et un pistolet », ânonnait-il à la fin des années 1990 dans une interview évoquée par le New York Times. A 34 ans, il est aujourd’hui recherché par Interpol pour trafic illégal de cigarettes. Fric, sexe, violence et perversité : ce cocktail délétère doit-il forcément couler dans les veines d’un fils de dictateur ? « Il est clair que lorsque l’on a grandi entouré de cet arbitraire, de ce mépris des autres, il est très difficile de mener une vie dans le respect d’autrui, ajoute Reed Brody. C’est presque une fatalité, car il faudrait être très fort pour sortir du cloître. Les dictateurs n’exposent pas leurs enfants à la vraie vie. » La vraie vie pour Teodorin Obiang, le fils de Teodoro, maître depuis 1979 de la Guinée équatoriale, c’est le recours à la manne pétrolière comme à un puits sans fond pour alimenter une subsistance de noceur cosmopolite, collectionneur de Bentley et de Lamborghini. Une débauche à laquelle n’a rien à envier Denis Christel Sassou Nguesso, descendant de l’homme fort du Congo-Brazzaville et accessoirement patron de la filiale commerciale de la compagnie pétrolière d’Etat. Il est réputé pour dégainer compulsivement la carte de crédit de l’entreprise dans les boutiques de luxe, ce qui lui a valu des ennuis judiciaires à Hongkong. « Chuckie » Taylor avait, lui, pourtant été élevé aux Etats-Unis par sa mère. Mais en 1997, il a rejoint les rangs de son père, chef de guerre au Liberia, dont il a présidé l’unité antiterroriste qui pratiquait viols et tortures à grande échelle selon Amnesty International. Il s’y est illustré par son impitoyable férocité. Fin 2006, il a été inculpé pour actes de torture aux Etats-Unis et pourrait passer le reste de sa vie dans les geôles de l’Oncle Sam. Et les filles de tyran ? Immensément riche, Gulnara Karimova, fille de l’Ouzbek Islam Karimov, poète et chanteuse à ses heures, défraye bien de temps en temps la chronique… mais jamais de façon aussi tapageuse que ses alter ego masculins. « A la base, les hommes sont moins astreints à l’autodiscipline que les femmes, relève Pascal de Sutter. La testostérone pousse aux comportements à risque, à la recherche de sensations fortes. Une fille éduquée comme un garçon fera moins de bêtises, et des bêtises moins graves. » * Le livre noir de Saddam Hussein, sous la direction de Chris Kutschera,OH Editions, Paris, 2005
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