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La démocratie incomplète
IPS
Gwendoline Mahlangu-Nkabinde, vice-présidente de l’Assemblée nationale d’Afrique du Sud. Photo M. Bührer
2 mai 08 - Un nouveau rapport réalisé par l’Union interparlementaire (UIP), basée à Genève, montre que les femmes sont en train de changer les priorités et parfois le ton des législatures à travers le monde.

Miriam Mannak/IPS, Le Cap - En 1975, quand la première Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes a eu lieu à Mexico, quelque 11 pour cent des sièges dans les parlements à une seule chambre et dans les Chambres basses de parlement étaient occupés par des femmes. En 2008, il y a eu peu de progrès dans ce domaine : actuellement, juste en dessous de 18 pour cent des législateurs à travers le monde sont des femmes, un chiffre de loin inférieur au 30 pour cent qui est généralement jugé nécessaire aux femmes pour commencer à influencer la gestion des affaires parlementaires.

Une représentation équitable des femmes dans les parlements est clairement ’’un idéal, non une réalité’’, indique le rapport, intitulé ’Egalité en politique : une enquête sur les femmes et hommes dans les parlements’.

L’étude examine l’inégalité de genre au sein des parlements sous divers angles, fondée sur les réponses recueillies chez approximativement 300 parlementaires (dont 40 pour cent étaient des femmes) travaillant dans 110 pays — et vient après un rapport similaire publié en 2000, ’Politique : Aperçu des femmes’.

’Egalité en politique’ a été publié à la 118ème assemblée de l’UIP, qui s’est tenue du 13 au 18 avril au Cap, la ville portuaire sud-africaine. L’union est un regroupement qui chapeaute des parlements à travers le monde.

La représentation limitée des femmes dans les parlements doit être vue par rapport aux tendances nationales et régionales plus prometteuses, reconnaît le rapport.

Les vieilles démocraties en retard

Il y a eu des avancées en Afrique et en Asie par exemple, avec environ 17 pour cent des postes parlementaires, dans les deux régions, occupés actuellement par des femmes. Le Rwanda vient en tête sur le plan mondial, avec des femmes qui représentent environ 49 pour cent des sièges de sa Chambre basse du parlement.

Concernant les pays qui ont réussi à amener des femmes à occuper plus de 30 pour cent des postes parlementaires, la moitié est composée de nations en développement.

’’Des pays en développement et des pays émergents ont fait de grands progrès, tandis que la situation dans les soi-disant anciennes démocraties n’a pas assez évolué’’, a déclaré Anders Johnsson, secrétaire général de l’UIP.

Mais au total, le rapport observe que ’’… seule une petite proportion de ces (femmes) éligibles envisagent de se porter candidates aux élections législatives’’. En général, ceux qui ont été interrogés considéraient le manque de soutien des électeurs comme étant le facteur principal qui empêche les hommes d’entrer en politique. Pour les femmes, ce sont les responsabilités domestiques : un tiers des femmes parlementaires interrogées n’avaient aucune personne à charge et il était plus de deux fois aussi probable pour elles que pour les hommes d’être seuls.

Gwendoline Mahlangu-Nkabinde, vice-présidente de l’Assemblée nationale d’Afrique du Sud, a indiqué que ’’Dans plusieurs pays, spécialement en Afrique, les garçons et les filles ne sont pas élevés de la même manière. Les garçons sont élevés avec la mentalité que ce n’est pas bon de faire la vaisselle, parce leur sœur sera là pour le faire’’.

Interrogés pour discuter des mesures qui pourraient permettre à plus de femmes d’être élues, les députés ont parlé en partie de la nécessité de changer les conceptions sur la place des femmes dans la société à travers des programmes d’éducation — et d’envisager l’introduction des garderies pour libérer les femmes pour des activités politiques. Le rapport mentionne également diverses possibilités pour aider les femmes à surmonter les difficultés particulières qu’elles rencontrent dans le financement de leurs campagnes électorales.

Il souligne davantage l’utilité des quotas de genre pour amener un plus grand nombre de femmes au parlement et comment les systèmes électoraux fondés sur une représentation proportionnelle ont permis à plus de femmes d’être élues que les scrutins basés sur des circonscriptions électorales. Mais, l’étude parle aussi des préoccupations au sein des candidats au parlement au sujet du positionnement en tête de listes des partis pour gagner un siège.

’’Plusieurs partis fonctionnent sans des règles claires pour la sélection des candidats…’’, indique-t-il. Pourtant, ’’La manière dont les candidats sont sélectionnés par les partis politiques est importante. Si les règles des partis pour la sélection des candidats ne sont pas claires, les décisions peuvent être prises par les élites des partis, en général des hommes’’.

Devenir membre de l’élite présente ses propres défis : ’’Les parties politiques sont typiquement des entités fermées et plusieurs maintiennent des ’réseaux de vieux garçons’ qui rendent difficile aux femmes de s’infiltrer dans le leadership du parti’’.

Ces observations ont été reprises par Johnsson : ’’Par conséquent, ce n’est pas seulement la société et la structure parlementaire qui doivent s’adapter et évoluer pour laisser la voie libre aux femmes ; les partis politiques doivent également venir à la table’’.

Les priorités législatives

Un certain nombre de ceux qui sont sondés pour le rapport ont dit que les hommes et les femmes semblaient partager certaines priorités politiques ; bien d’autres ont toutefois indiqué des priorités différentes entre les législateurs hommes et femmes. Au nombre des questions de préoccupation pour les femmes, figuraient la réduction de la pauvreté, les pensions, les droits de la reproduction, la protection infantile et les violences liées au genre : ’’Combattre les violences à l’encontre des femmes est un domaine dans lequel les femmes députées ont fait ressentir leur présence dans toutes les régions du monde’’.

Selon Yassina Fall, conseillère économique principale au Fonds de développement des Nations Unies pour la femme, ’’Les femmes comprennent ce dont d’autres femmes ont besoin. Elles connaissent les défis auxquels sont confrontées les femmes et les filles, et comprennent l’impact de ces défis sur leur vie’’.

’’Elles comprennent que quand vous donnez le pouvoir aux femmes, vous donnez le pouvoir à la société’’, a-t-elle ajouté.

Des observations similaires ont été faites par Johnsson : ’’Quelques hommes sondés ont dit qu’on a besoin de femmes — plusieurs femmes — dans le but d’avoir un parlement qui sert le peuple’’.

Toutefois, le rapport souligne que bien que les femmes députées semblent prendre la tête en mettant en avant les questions d’importance aux femmes, ces questions ne constituent pas leur seule préoccupation.

Par ailleurs, des femmes parlementaires peuvent connaître des difficultés à traduire leurs priorités en changement politique, parfois à cause des partis au pouvoir antipathiques — de même parce que leur présence limitée dans les assemblées les empêche de prendre part pleinement aux commissions parlementaires et d’examiner des lois.

’’Les femmes sont soit écartées des discussions de politique générale en raison de leur absence physique, soit surchargées par le travail de la commission, ce qui signifie qu’elles ne peuvent pas finalement consacrer assez de temps aux commissions et à leurs enquêtes’’. Parmi une multitude d’autres observations, ’Egalité en politique’ constate que pour qu’un changement significatif s’opère concernant la représentation des femmes au sein des parlements, la volonté politique doit être mobilisée.

’’Des hommes et des femmes doivent s’entendre et reconnaître que l’insertion et la participation égale des femmes dans les processus parlementaires profitent non seulement aux sociétés… mais sont aussi nécessaires pour une démocratie légitime’’.

Ou, selon les termes d’une femme députée de l’Irlande citée dans l’enquête : ’’Notre démocratie est incomplète lorsque les femmes sont absentes des prises de décisions’’.

 

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