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InfoSud
Propos recueills par Rachad Armanios/InfoSud - En 2006, la New-Yorkaise Lisa F. Jackson s’est rendue dans les zones de guerre de l’est du Congo à la rencontre des victimes de viols. Elle en a tiré un film poignant, « The Great Silence : Rape in the Congo », dans lequel elle dénonce les viols massifs qui font office d’arme de guerre. A l’occasion de la journée des femmes, samedi 8 mars, son film sera projeté à la Maison du Grütli à Genève, dans le cadre du Festival du film et forum international sur les droits humains. Entretien. Quelle est l’ampleur de ces viols ? En dix ans, selon les estimations à partir des données fournies par l’ONU et les hôpitaux, 250000 filles et femmes ont été violées dans l’est du Congo, plus particulièrement au Sud et au Nord-Kivu. Qui sont les violeurs ? Les milices qui sévissent dans cette région, venant du Rwanda (des Hutus), du Burundi, de l’Ouganda et probablement aussi de l’Angola. 60% des atrocités sont commises par les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Mais les soldats de l’armée congolaise commettent aussi des viols. Pourquoi ces viols ? C’est une façon de violer la culture elle-même. Les femmes sont violées publiquement, parfois toutes les femmes d’un même village, afin de les humilier devant les maris, qui les abandonnent. Certaines n’auront plus d’enfants, et ceux nés de ces viols sont rejetés des villages. En s’en prenant aux femmes, on détruit le cœur de la société et la génération future. Quelles sont les conséquences pour ces femmes ? Les victimes ont de 2-3 ans à 80 ans ! Elles sont violées par beaucoup d’hommes en même temps, parfois on leur introduit des bâtons ou des fusils dans le vagin. On peut même les obliger à manger leurs enfants qu’on a tués ! On les torture pour les humilier. Beaucoup sont kidnappées et deviennent des esclaves sexuelles des miliciens ou des soldats. Elles sont alors violées par dix, vingt hommes par jour. Les descriptions que je rapporte dans mon film vont au-delà de l’imaginable. Mais en parlant avec ces femmes, on parvient à avoir de l’espoir, car elles font preuve d’une dignité incroyable. Si toutes garderont des séquelles post-traumatiques à vie, certaines arrivent à revivre. Mais d’autres n’ont pas les outils pour se reconstruire et finissent abandonnées aux abords des grandes villes. Que font la police ou la justice pour prévenir et punir ces viols ? La culture de l’impunité est l’un des plus grands problèmes dans cette région livrée à la barbarie et à l’anarchie. Face à un système judiciaire inexistant et à une armée qui agresse les populations qu’elle est censée protéger, les femmes n’osent pas témoigner contre leurs agresseurs, certaines qu’il n’iront jamais en prison et qu’ils reviendront se venger. Avez-vous parlé avec des soldats ou des miliciens ? Oui. Ils considèrent être dans leur bon droit, car ils voient les femmes comme leur propriété. Ils ne ressentent aucune honte et n’ont aucune pensée pour les conséquences de leurs actes. Essayer de leur en faire prendre conscience est vain. J’ai essayé. Que peuvent faire les ONG ou les pays étrangers face à cette situation ? Les femmes, dont les blessures sont très graves, doivent parfois marcher des semaines avant de trouver un hôpital. Aider à reconstruire le système de santé est important. Mais le grand problème, c’est la culture d’impunité et les causes de cette guerre économique, à savoir la course aux riches ressources en minerais de la région. Vous avez fait ce film aussi parce que, vous-même, vous avez été violée dans votre jeunesse. Oui, cela fait trente ans, lors d’un viol de groupe, j’avais 25 ans. Raconter mon histoire à ces femmes m’a permis de tisser une relation de confiance. Elles me demandaient si mon pays était en guerre, elles concevaient mal qu’une Blanche puisse être violée. Voir aussi : Témoignages de victimes recueillis par une l’ONG Human Rescue « The Greatest Silence : Rape in the Congo », de Lisa F. Jackson, samedi 8 mars à 18h15, suivi d’une rencontre.
Voir en ligne: Site du film
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