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Commerce du bois, source de conflit
IPS
Abattage d’arbres au Libéria. Source : Treehugger
20 août 08 - Alors que les diamants du conflit ou diamants du sang ont suscité beaucoup d’intérêt à travers le monde, le rôle du commerce du bois dans la naissance des conflits a fait l’objet de beaucoup moins d’attention. Il y a peut-être un début de changement.

Michael Deibert/IPS, New York - A travers le monde, et en particulier en Afrique de l’ouest, le commerce tant légal qu’illégal du bois a joué un rôle important dans le déclenchement des conflits dans des pays tels que la Côte d’Ivoire, le Libéria et la Sierra Leone. La ruine causée aux forêts dans le monde entier est en train d’avoir des conséquences de grande envergure.

Selon le rapport 2007 de la Banque mondiale intitulé "A couteau tiré : Expansion de l’agriculture, réduction de la pauvreté et environnement dans les forêts tropicales", environ 70 millions de personnes, dont beaucoup d’origine indigène, vivent dans les profondeurs des forêts tropicales fermées, alors que 735 millions d’autres personnes vivent à l’intérieur ou près des forêts et savanes tropicales. Les deux groupes dépendent énormément des forêts car ils en tirent leur combustible, leur nourriture et leur revenu.

Le rapport de la Banque mondiale a poursuivi en attirant l’attention sur le fait que les forêts tropicales s’amenuisaient à un rythme de cinq pour cent par décennie et que "d’ici le milieu du 21ème siècle, il ne restera que des lambeaux de cette forêt autrefois vaste". Cette tendance, a noté le rapport, aura un impact dramatique sur le changement climatique, car trois millions de tonnes de dioxyde de carbone sont rejetées dans l’atmosphère chaque année, ce qui affecterait des personnes bien au-delà des communautés vivant dans les forêts.

Intervenant dans cet univers controversé, Helveta, une firme basée au Royaume-Uni, commercialise un logiciel qui, selon elle, permettra de réorganiser la chaîne de l’offre du bois fragmentée. Ce logiciel devrait aussi amoindrir le risque pour les entreprises d’acheter du bois illégalement acquis.

"La meilleure manière d’améliorer la transparence est de s’assurer que tout le monde a accès aux mêmes données en même temps", souligne Patrick Newton, le PDG de Helveta. "Notre objectif primordial a été d’engager des discussions avec les Etats nations sur les questions de gouvernance, mais aussi avec les communautés locales pour nous assurer que la transparence fait partie intégrante de notre procédure".

Helveta travaille en collaboration avec d’autres organismes tels que ’Liberian Forestry Development Agency’ (Agence libérienne pour le développement forestier) et l’Organisation internationale des bois tropicaux en Côte d’Ivoire. En utilisant son système de renseignement et de contrôle (CIS), les arbres sont catalogués et étiquetés avec des numéros enregistrés dans un système informatique basé au Royaume-Uni.

"Il donne (aux résidents locaux) un outil pour prouver qu’ils occupent la forêt", indique Jerome Lewis, professeur d’anthropologie sociale à ’University College London’ et consultant travaillant avec Helveta pour concevoir le logiciel. Lewis a travaillé avec des Pygmées de Mbendjele, en République du Congo (Brazzaville) depuis 1994.

"Ils peuvent prouver aux étrangers qu’ils vivent, utilisent et dépendent de la forêt", explique Lewis.

Au cours de la dernière décennie, la nation ouest-africaine du Libéria a été durement touchée et de façon particulière par le commerce illicite du bois. L’ancien président Charles Taylor a contrôlé l’industrie avec des milices d’enfants soldats avant d’être chassé du pouvoir en 2003 pour se retrouver au bout du compte sur le banc des accusés d’un tribunal de crimes de guerre à La Haye, aux Pays-Bas.

Les sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies contre l’industrie du bois au Libéria ont été finalement levées en 2006. Sous le gouvernement de Ellen Johnson Sirleaf — la première femme élue chef d’Etat en Afrique — cette nation a commencé à sortir de plus d’une décennie de guerre civile.

"Le bois a joué un rôle important dans l’alimentation du conflit ici et le gouvernement a envie de mettre en œuvre un système dans lequel le bois peut aider dans la reconstruction du pays", selon Thomas Pichet, représentant résident de SGS au Libéria, une société de vérification, d’analyse et de certification qui supervise la mise en œuvre du CIS.

Mais en dépit des progrès réalisés, certains observateurs soutiennent que beaucoup reste à faire.

En juin 2005, ’Global Witness’, un groupement basé à Londres, qui cherche à démontrer comment les ressources naturelles sont utilisées pour financer les conflits, a publié un rapport retraçant le rôle que le commerce du bois avait joué dans l’alimentation des guerres civiles au Libéria. Le rapport expose en détail comment ce commerce continue de soutenir les différents acteurs internes armés, même après la cessation officielle des hostilités.

"Une bonne partie de l’extraction minière et de l’exploitation du bois est actuellement organisée par d’anciens chefs et généraux de parties belligérantes qui, au regard du succès limité du processus de (démobilisation, désarmement, réhabilitation et de réintégration) au Libéria et des contrôles internes peu fiables, ont toujours accès aux armes et ont la capacité d’exporter leurs produits à l’étranger", a affirmé le rapport.

Certains observateurs estiment qu’il est nécessaire que les avancées technologiques et politiques soient menées simultanément.

"Les perspectives pour ces types de systèmes de suivi du bois basés sur les TI sont bonnes, mais les humains qui appuient sur les boutons sont les mêmes humains qui remplissent les formulaires sur papier ou qui se retrouvent maintenant aux barrages routiers", déclare David Young, qui supervise le projet indépendant de suivi des forêts à ’Global Witness’.

"Il y a le risque qu’ils soient très bons du point de vue technique, mais qu’ils ne fassent pas les mêmes efforts par rapport aux problèmes politiques, ce qui ne permet pas nécessairement d’aboutir aux résultats indiqués".

Néanmoins, Helveta affirme qu’il y a espoir que son travail dans les pays comme le Libéria, où par le passé, le bois représentait six pour cent du produit intérieur brut avant que le pays ne sombre dans la guerre civile en 1990, permettra de mettre en place une politique d’exploitation du bois plus lucrative et plus responsable du point de vue écologique qui sera profitable tant aux forêts qu’aux gens qui y vivent.

"La forêt n’est pas un espace vide", soutient Patrick Newton de Helveta. "Elle abrite beaucoup de gens qui ont tout intérêt à la protéger".

 

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