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Burkina Faso : des chefs musulmans pour la planification familiale
IPS
23 juillet 08 - Des organisations musulmanes ont invité leurs responsables religieux au Burkina Faso à informer leurs fidèles sur le bien-fondé de la planification familiale pour lutter contre la mortalité maternelle et la pauvreté.

Brahima Ouédraogo/IPS, Ouagadougou - "S’il y a des méthodes (de planification) qui n’affectent pas la santé de la femme, elle peut aller avec, car l’islam n’admet pas les méthodes qui affectent la santé de la femme parce que la santé est importante chez l’islam", répond Ismaël Dèra, un des imams de la mosquée de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

A l’issue d’une rencontre autour du Réseau burkinabé des Organisations islamiques en population et développement, ces associations ont également appelé ces chefs religieux à saisir toute opportunité, comme les mariages, les baptêmes, pour sensibiliser les fidèles sur la planification familiale.

"Les musulmans sont partie intégrale de la population au Burkina Faso et la planification familiale nous concerne, nous musulmans. L’ensemble de la communauté du Burkina doit songer prendre part à tout ce qui se dit sur la planification familiale", déclare El Hadj Moussa Semdé, secrétaire général de la communauté musulmane burkinabé.

"Nous avons fait appel à nos imams, aux oulémas, pour que ces leaders puissent dégager un chemin pour les musulmans afin que nous ne soyons pas en reste dans cette lutte qui est noble. Je crois que la planification familiale est normale et les musulmans doivent trouver leur voie de vivre heureux", ajoute Semdé.

La rencontre des chefs religieux s’est déroulée la semaine dernière à la Grande mosquée de Ouagadougou. Selon Siaka Traoré, responsable du plaidoyer et de la communication au Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) au Burkina, le choix du lieu est surtout symbolique. "C’est un symbole, mais ça peut se comprendre car l’islam a un rôle de sensibilisation et d’éducation, et c’est dans ce sens que se situe ce symbole", dit-il à IPS.

La communauté musulmane est une cible privilégiée pour l’UNFPA. "Parfois à tort, les gens peuvent penser que l’islam est contre la planification familiale alors qu’en réalité, les préceptes de l’islam sont favorables à la planification familiale", explique Traoré.

Les musulmans représentent 52 pour cent de la population du Burkina, selon le denier recensement de 2006, qui a fait ressortir un taux d’accroissement de 2,9 pour cent, portant la population totale de ce pays d’Afrique de l’ouest à 13,7 millions d’habitants.

Selon le Conseil national de la population, 10 pour cent seulement des femmes, en âge de procréer utilisent la contraception moderne, et cinq pour cent les méthodes contraceptives traditionnelles. Mais 86 pour cent d’entre elles n’observent aucune méthode contraceptive alors que les besoins en matière de planification familiale s’élèvent à 29 pour cent.

Aoua Ouédraogo, un membre de la communauté musulmane, se réjouit de la tenue de la rencontre qui permettra, dit-elle à IPS, d’éclairer les fidèles qui confondent souvent planification familiale et limitation des naissances.

"Dans le Coran, il est prévu la planification familiale, mais sous une autre forme. Il faut donc essayer d’éclairer les leaders religieux parce que beaucoup sont croyants pratiquants, mais peu cultivés et ils confondent planification familiale et limitation des naissances", souligne Ouédraogo.

Selon l’étude de démographie et de santé de 1998-1999 au Burkina Faso, le taux de mortalité maternelle et néonatale est respectivement de 484 pour 100.000 naissances vivantes et 41 pour 1.000.

En 2000, un Plan national de développement sanitaire, élaboré pour la période 2001-2010, prévoit de réduire la mortalité maternelle et néonatale de 40 pour cent d’ici à 2010 et de porter le taux de couverture en consultation prénatale à 90 pour cent, celui des accouchements assistés à 60 pour cent et la prévalence contraceptive à 17 pour cent.

Le taux de prévalence contraceptif était de 14 pour cent en 2002, le taux de couverture prénatale de 54 pour cent tandis que le taux d’accouchement assisté était de 39 pour cent.

La rencontre des organisations islamiques a recommandé que désormais, les femmes soient accompagnées de leur mari lors des consultations pour la planification familiale.

Selon Fousséni Dembélé, un fidèle musulman, il faut s’adapter à son temps, mais, ajoute-t-il, la crainte de l’utilisation des méthodes modernes de contraception est liée à leurs conséquences qui pourraient aller contre les principes religieux.

"C’est une révolution car avant, les gens lisaient les textes (islamiques en arabe) et ne pouvaient rien comprendre, mais maintenant, tout est en français", explique Alimata Dabré, de l’Association des élèves et étudiants musulmans du Burkina, faisant allusion au Coran traduit. "C’est surtout les maris qui empêchent les femmes de pratiquer la planification familiale, mais c’est bien s’ils comprennent que les prescriptions de la religion n’interdisent pas ça", ajoute-t-elle.

"Vous voyez, dans une famille, c’est la seule femme qui met au monde sept à dix enfants, voire onze enfants car un an ou deux ans après l’accouchement, il faut encore faire un enfant, ça fatigue", déplore Ouédraogo.

Au Burkina, le taux de fécondité est évalué à 6,2 enfants par femme, selon le ministère de la Santé.

La planification familiale permettrait de soulager le mari, mais aussi la femme parce qu’en islam, poursuit Ouédraogo, ajoutant : "Il y a des hadîts qui disent que vous répondrez un jour devant Dieu par rapport à l’éducation de vos enfants". (Les hadîts sont le recueil des paroles et actes de Mahomet qui complètent le Coran).

Selon le Premier ministre du Burkina Faso, Tertius Zongo, le taux de croissance de 5,5 pour cent de l’économie ne permet pas de couvrir les besoins de la population du pays. Il estime qu’il faudrait ramener ce taux à environ deux pour cent lors du prochain recensement en 2016. "C’est ce taux qui peut nous garantir un acheminement vers l’atteinte des OMD", indique-t-il.

En 2000, les Etats membres de l’ONU se sont engagés à réaliser des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), en réduisant, entre autres, de moitié l’extrême pauvreté et la faim dans le monde, de deux-tiers la mortalité infantile, et de trois-quarts la mortalité maternelle d’ici à 2015.

Les organisations islamiques n’ont toutefois pas indiqué de méthodes de contraception à utiliser, laissant le champ libre à chaque fidèle de choisir sa méthode, mais en émettant des réserves.

Selon l’imam Dèra, défenseur de la méthode traditionnelle, l’allaitement de deux ans recommandé par le Coran permet d’espacer les naissances, ou il suggère l’autre alternative qui demande que des "semences ne soient pas émises dans le sexe de la femme pendant ses périodes de fécondation".

"Il faut éviter que l’utilisation de certaines méthodes de contraception entraîne la débauche chez la femme et chez l’homme", explique Dembélé pour qui les méthodes naturelles sont préférables et "plus morales".

Plusieurs fidèles musulmans perçoivent certaines méthodes comme entraînant des pratiques qu’ils assimilent à l’homicide. "L’islam n’accepte pas la limitation des naissances en prenant des produits. Ce n’est pas respecter la volonté de Dieu. Tu peux avoir un enfant et attendre cinq ans avant de tomber en grossesse encore, mais sans limiter les naissances", ajoute Dèra.

"La planification familiale est une bonne chose, mais entendue dans le sens de la volonté de Dieu", renchérit Assia Touré, une fidèle résidant à Ouagadougou.

 

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