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Loading... Bilan noir des droits humains en Colombie
Le Temps
Stéphane Bussard/Le Temps - La libération de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt et le débat qui s’ensuivit sur le médiateur suisse Jean-Pierre Gontard ont longtemps fait les titres des médias. Mais ils ont laissé dans l’ombre un préoccupant bilan des droits de l’homme en Colombie. C’est le constat que dressent plusieurs organisations non gouvernementales, dont la Commission colombienne de juristes, dans un document qu’elles ont remis il y a peu au Haut-Commissariat de l’ONU pour les droits de l’homme. Raison ? En décembre, la Colombie passe sous les fourches caudines de l’Examen périodique universel, une évaluation par les pairs de son bilan des droits humains. Entre juillet 2002 et décembre 2007, au moins 13 634 personnes (dont 1314 femmes et 719 enfants) ont été tuées (ou ont disparu) non pas dans des combats, mais en raison de violences sociopolitiques. Quand les auteurs présumés de ces violations des droits de l’homme sont connus, 75,4% des cas relèvent de la responsabilité de l’Etat colombien et 24,6% des guérillas. Au cours des cinq dernières années, le nombre d’exécutions extrajudiciaires attribuées directement aux forces de sécurité étatiques a augmenté de 67%. Le document des ONG ajoute que la population bisexuelle et transsexuelle a subi des traitements dégradants. Depuis 2006, 16 transsexuelles ont été assassinées. Selon les données fournies par la Fondation colombienne Pais Libre, 8451 personnes ont été kidnappées entre janvier 2002 et décembre 2007. Le phénomène des paramilitaires interpelle les ONG et la Commission colombienne de juristes. L’Institut pour l’étude du développement et de la paix évalue, sur la base des données fournies par la police nationale, qu’il existe toujours près de 9000 paramilitaires répartis dans 76 groupes différents qui continuent de sévir dans 25 des 32 départements du pays. On semble loin de la démobilisation de 30 000 paramilitaires promue par le président Alvaro Uribe. Et parmi ces 30 000 censés être démobilisés, 90% ont bénéficié de facto d’amnistie en vertu d’un décret de 2003. Les activistes des droits de l’homme fustigent ce constat et estiment que l’impunité est la règle. En mai 2008, 15 paramilitaires ont été extradés vers les Etats-Unis. Les ONG s’étonnent qu’on privilégie les condamnations pour trafic de drogue au détriment de celles pour crimes contre l’humanité. Le plus inquiétant, ce sont les liens entre les paramilitaires et les politiques. En juillet 2008, 63 membres du Congrès (soit plus de 25%) étaient sous enquête en raison de leurs liens présumés avec les groupes paramilitaires. La plupart des politiciens sous enquête appartiennent au même parti que le président Uribe. Mario Uribe, cousin du président, fait partie des personnes soupçonnées. D’où les attaques répétées d’Alvaro Uribe contre la Cour suprême colombienne qu’il estime être « tombée dans le piège du terrorisme agonisant ». Le 1er août, il a déposé une plainte pénale contre le président d’alors de la Cour suprême pour calomnie. Mais aussi contre un autre magistrat. La séparation des pouvoirs est en danger. Quant aux syndicalistes, depuis janvier 2008, plus de 40 d’entre eux ont été assassinés, soit une augmentation de 41% par rapport à 2007.
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