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Ban Ki-Moon appelle à une aide d’urgence
swissinfo
Ban Ki-Moon entre Jacques Diouf (à gauche, directeur de la FAO) et Robert Zellnick (président de la Banque mondiale. Berne 29.4.08. Photo : UN/Mark Garten
30 avril 08 - Pour contrer la crise alimentaire mondiale, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon a présenté mardi à Berne les mesures pour juguler l’augmentation des prix des produits alimentaires qui provoque des émeutes dans divers pays.

Andrea Clementi/swissinfo - Depuis des années, le Conseil des chefs de secrétariat (CEB) de l’ONU se réunit en Suisse afin de souligner l’importance des relations entre la Confédération et les Nations Unies.

Les discussions de lundi et mardi ont porté essentiellement sur la crise alimentaire mondiale provoquée par la flambée des prix et qui a donné lieu à des violences dans de nombreux pays en développement.

S’exprimant au nom de la CEB en conférence de presse, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon a souligné la nécessité d’une réaction internationale rapide et efficace. Les intervention prévoient un plan d’action à court, moyen et long terme. Aide financière et cellule de crise

Ban Ki-Moon a d’abord rapidement évoqué les causes de la situation actuelle : la forte augmentation de la demande de produits alimentaires, due surtout à demande de pays émergents comme la Chine et l’Inde, des investissements insuffisants dans le secteur agricole, la spéculation boursière sur les matières premières, les conditions climatiques défavorables et la part croissante des terrains agricoles consacrée à la production de biocarburants.

A court terme, l’ONU entend intervenir pour endiguer les risques au niveau social et sanitaire. Pour cela, un appel urgent à été lancé à la communauté internationale afin qu’elle réponde rapidement à l’appel de fonds supplémentaires lancé par le Programme alimentaire mondial (PAM), à hauteur de 755 millions de dollars. A ce jour, 62% de ces besoins sont couverts, a précisé la directrice exécutive du PAM Josette Sheeran.

Ces contributions doivent permettre de répondre à la demande de nourriture mais aussi à promouvoir la production locale. Dans ce but, l’Organisation pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) a besoin de 1,7 milliard de dollars afin de fournir semences et engrais aux paysans, selon le directeur de la FAO Jacques Diouf.

Par ailleurs, Ban Ki-moon a annoncé la création d’une cellule de crise au sein de l’ONU, qu’il présidera et qui sera coordonnée par le secrétaire général adjoint John Holmes. Elle réunira les chefs des agences spécialisées ainsi que les responsables de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI). Mesures structurelles

En ce qui concerne les moyens d’action à moyen terme, l’ONU et ses institutions ont manifesté l’intention de soutenir les pays qui rencontrent des difficultés dans l’élaboration de politiques nationales spécifiques, notamment en Afrique.

Concrètement, a expliqué Jacques Diouf, il s’agit d’« améliorer les systèmes de stockage de l’eau pour l’irrigation, mais aussi les communications routières et ferroviaires pour permettre aux paysans des pays pauvres d’avoir accès aux marchés ».

« Nous savions que ça arriverait. Le niveau des réserves alimentaires est le plus bas depuis 1980. Mais on n’a pas pris les décisions au bon moment », a ajouté le Sénégalais. Subventions critiquées

De son côté, le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) Pascal Lamy a plaidé pour la suppression des subventions aux exportations des pays riches, qui créent des distorsions sur les marchés. « L’évolution actuelle des prix est une raison de plus pour boucler les négociations actuelles du cycle de Doha », a estimé le Français.

Quant au président de la BM Robert Zoellick, également présent à Berne, il a critiqué les interdictions d’exportation décidées par certains pays pour faire face à la crise, une stratégie mise en place par certains pays « qui fait monter les prix mondiaux ». Il a salué à cet égard la décision de l’Ukraine de lever ses restrictions à l’exportation de blé. Passer à l’acte

Mardi encore, le CEB a enfin mis l’accent sur la nécessité, à long terme, de réfléchir à aux orientations en matière de biocarburants et de diversification des cultures. Il s’agira aussi d’accroître la production et l’efficacité, surtout en Afrique.

Là-dessus, Jacques Diouf a déploré que les programmes de développement agricole de la FAO en Afrique, mis au point en accord avec les pays membres de l’ONU, n’aient obtenu aucun financement. « Ce qui n’a pas permis d’appliquer les mesures prévues. » Et ce conclure qu’il était « temps de passer enfin des paroles aux actes »

Traduction de l’italien : Isabelle Eichenberger/swissinfo

Contexte

Selon l’ONU, depuis mars 2007, les prix du soja et du blé ont augmenté respectivement de 87% et de 130% ; au niveau mondial, le riz a, lui, augmenté de 75% en deux mois.

Dans les pays industrialisés, les dépenses pour l’alimentation se montent généralement à 20% du salaire. Dans les pays en développement, c’est au contraire environ 80%. Au Yémen, une famille moyenne dépense un quart de ses revenues pour acheter du pain.

En Afrique, 42 pays sur 54 doivent actuellement importer des produits alimentaires.

En Haïti, la flambée des prix a provoqué des émeutes. La BM a promis une aide d’urgence de 10 millions de dollars.

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