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Loading... Au Sri Lanka, la construction de la paix s’annonce difficile
Frédéric Burnand/swissinfo.ch - Avec la reconquête de l’ensemble du territoire sri-lankais et l’annonce de la mort de Velupillaï Prabhakaran, leader des Tigres de libération de l’Eeelam tamoul (LTTE), la victoire militaire de Colombo semble totale. Mais elle est loin d’ouvrir la porte à une réconciliation entre la majorité cingalaise de l’ile et la minorité tamoule. C’est en tout cas la crainte de Martin Stürzinger, en charge des programmes de paix pour le Sri Lanka et le Népal au ministère suisse des affaires étrangères, après avoir été, entre 2003 et 2008, conseiller pour la construction de la paix à l’ambassade de Suisse à Colombo. Après une telle défaite militaire, les Tigres peuvent-ils renaître de leur cendres ? Martin Stürzinger : Comme force militaire, les LTTE ont perdu leur capacité de combattre. Mais ils gardent le soutien d’une partie de la diaspora. Il n’est donc pas impossible que les LTTE se réorganisent comme force politique à l’extérieur du Sri Lanka. Il n’est pas non plus exclu qu’au Sri Lanka, les LTTE ressurgissent au travers d’actions terroristes et de guérilla. Il faut aussi rappeler que les rebelles ont systématiquement éliminé les politiciens tamouls qui n’étaient pas d’accord avec eux. Ils ont donc contribué à affaiblir la capacité d’action politique des Tamouls. Cela dit, il existe encore quelques politiciens au Sri Lanka et des personnalités dans la diaspora qui peuvent jouer un rôle et reprendre le flambeau de la cause tamoule. Et ce indépendamment des Tigres. Pour l’heure, c’est toujours l’union sacrée autour des Tigres au sein de la diaspora. Cela peut-il changer ? M.S. : C’est un peu tôt pour se prononcer. Mais j’ai été étonné de voir dans les manifestations qui se sont déroulées à Genève et Berne le très grand nombre de pancartes et de drapeaux en faveur des Tigres. Même la deuxième génération de la diaspora semble soutenir la guérilla, alors que celle-ci est coupable de graves exactions à l’encontre des civils. Le séparatisme tamoul est-il mort avec les Tigres ? M.S. : Ces derniers jours, on a pu lire des déclarations soulignant que la violence des combats et les crimes de guerre dont est accusée l’armée sri-lankaise rendait moins que jamais possible une cohabitation entre la minorité tamoule et la majorité cingalaise au sein d’un seul Etat. Il y a de nombreux indices de violations graves du droit humanitaire durant cette offensive finale. S’ils devaient se confirmer, un grand nombre de Tamouls risquent d’en conclure qu’il n’est définitivement plus possible de vivre sous l’autorité du gouvernement sri-lankais. Que sait-on des intentions du gouvernement à l’égard des Tamouls ? M.S. : Le gouvernement a toujours promis qu’après la victoire militaire, il offrirait une solution politique aux Tamouls. Ces propositions pourraient prendre la forme d’une décentralisation du pouvoir. En 1987, la Constitution du Sri Lanka a été modifiée avec un 13e amendement qui donne une plus grande autonomie aux pouvoirs locaux. Une mesure qui n’a jamais été traduite dans les faits. Et l’actuel président a promis depuis longtemps qu’il mettrait en œuvre cet amendement, une fois la guerre terminée. Plusieurs observateurs pensent même que le président va présenter des propositions plus audacieuses encore. Mais d’autres doutent que ce président aille vraiment dans cette direction. Ces dernières semaines, Colombo s’est montré imperméable aux propositions des pays occidentaux. Peut-il continuer sur cette voie ? M.S. : Le gouvernement aura besoin du soutien de la communauté internationale pour le déminage, la reconstruction et l’aide aux milliers de personnes déplacées. Car il n’a pas les moyens d’assumer tout seul ces tâches. Le gouvernement a d’ailleurs récemment demandé un crédit de 1,9 milliards de dollars au FMI. Et la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a répondu que cette demande ne tombait pas au bon moment. Le gouvernement est donc sous pression car il a absolument besoin de ces fonds. Quel rôle jouent les puissances asiatiques comme l’Inde et la Chine ? M.S. : Avec la victoire du parti du Congrès, l’Inde devrait jouer un rôle plus important. New Delhi a toujours poussé à une décentralisation du pouvoir au Sri Lanka et s’est beaucoup impliquée pour faire passer le 13e amendement de 1987. L’Inde va donc très vraisemblablement inciter Colombo à mettre en œuvre cet amendement. La Chine qui est actuellement le donateur le plus important du Sri Lanka pourrait aussi jouer un rôle, vu ses intérêts dans l’île (financement d’une centrale au charbon et d’un port au sud du Sri Lanka). Son implication au Sri Lanka est avant tout économique et stratégique. Et la Suisse qui dans le passé a accueilli des pourparlers de paix entre les Tigres et Colombo ? M.S. : Si le gouvernement sri-lankais le veut, nous pourrions fournir de l’expertise et de l’aide humanitaire. La Suisse va demander au gouvernement qu’il garantisse l’accès humanitaire aux personnes déplacées et aux victimes du conflit.
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