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Loading... A la recherche d’un Gandhi musulman
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Magda Fahsi/Tribune des droits humains, Bruxelles - « En Floride, une jeune convertie portant le niqab, ce large manteau noir qui recouvre tout à l’exception des yeux, devait renouveler son permis de conduire arrivé à échéance et avait besoin d’une photo. Elle n’a pas voulu enlever son niqab et l’administration américaine a refusé de lui renouveler son permis. Le gouvernement de Floride s’en est mêlé, a proposé de fournir un témoin. Mais nous sommes intervenus, nous lui avons trouvé un avocat musulman qui a défendu l’affaire en justice. Comme elle ne respectait pas les lois de l’Etat, elle a été condamnée à enlever son niqab pour la photo mais aussi pour conduire, pour des raisons de sécurité ». Pour Daisy Khan, la directrice exécutive de l’American Society for Muslim Advancement , une association fondée en 1997 dans le but notamment de promouvoir une identité américano-musulmane et les relations avec les autres Américains, la cause est entendue : dans ce genre de situation, ce n’est pas à l’Etat d’intervenir, mais aux musulmans à trouver une issue en interprétant le droit musulman. Et dans l’affaire citée, la solution était simple : nulle part dans le droit musulman est-il précisé qu’une femme doit porter le niqab en toutes circonstances. « Plusieurs affaires de ce genre ont ainsi pu être résolues aux Etats-Unis, grâce à l’intervention d’un savant musulman », précise-t-elle. Daisy Khan souligne ainsi une différence fondamentale entre les Etats-Unis et l’Europe : en effet, si, dans la plupart des pays européens, la séparation Eglise/Etat prévaut, dans la pratique, il arrive que les autorités interviennent dans le domaine du religieux. Pour l’islam, cela concerne par exemple la question du foulard, les lieux de cultes ou la représentativité des musulmans. Aux Etats-Unis, explique Daisy Khan, « l’Etat adopte une position neutre vis-à-vis de la religion, essentiellement vue comme une affaire privée ; par contre, il met l’accent sur la libre entreprise et l’individualisme. En clair, il cherche à promouvoir l’individu indépendamment de sa religion ». Et cela a deux conséquences majeures. La première, c’est que depuis le début, les immigrants musulmans se sont persuadés qu’à force de travail acharné, ils pouvaient y arriver, envoyer leurs enfants à l’école, acquérir un logement et ainsi se faire une place dans la société. Et aujourd’hui, ceux qui arrivent ne veulent pas faire moins que les générations précédentes. Résultat : ils ont toujours vécu avec l’espoir de lendemains meilleurs. La deuxième conséquence, c’est que la religion ne fait l’objet d’aucune attaque. Bien sûr, reconnaît Daisy Khan, « il peut y avoir des problèmes et il y en a, parfois considérables, surtout depuis le 9/11, je ne le nie pas ; mais dans l’ensemble, aux Etats-Unis, on peut pratiquer sa religion librement et les femmes musulmanes, par exemple, peuvent se vêtir comme elles veulent ». Les musulmans peuvent aussi y étudier leur religion à loisir : ils réfléchissent donc beaucoup à leur croyance, à son évolution et publient un nombre considérable d’articles et de livres. Autrement dit, une réflexion critique devient possible. C’est en partie pour favoriser cette réflexion critique qu’en 2004 Daisy Khan fonde Muslim Leaders of Tomorrow. « Il n’y a pas d’autorité centrale dans l’islam sunnite, explique-t-elle. Ce qui pose d’énormes problèmes parce que cela veut dire que l’islam ne parle pas d’une seule voix ». L’idée est donc de créer un réseau de jeunes leaders musulmans capable d’apporter une réponse institutionnelle à ce manque d’autorité centrale. Mais consciente du chemin restant à parcourir dans les mentalités, Daisy Khan vise la génération de demain. Ce réseau compte déjà des dizaines de jeunes dirigeants musulmans de toutes les tendances et de toutes les régions du monde. Ensemble, ils réfléchissent aux défis auxquels l’islam est confronté : le radicalisme, les conflits dans le monde, le sécularisme, l’identité, la liberté d’expression… Par ailleurs, estime Daisy Khan, « les normes internationales en matière de droits de l’Homme devraient être reformulées en langage musulman, faute de quoi le commun des musulmans continueront à y voir une imposition étrangère ; or, je pense que sur le fond, l’islam ne diffère pas beaucoup des instruments internationaux, c’est donc aussi une question de reformulation ». La prochaine réunion de ces ’Dirigeants Musulmans de Demain’ est prévue à Doha, au Qatar, au mois de novembre. Daisy Khan est persuadée que ce réseau, de par sa constitution, ne manquera pas d’avoir une influence sur la communauté musulmane dans son ensemble. Elle-même se déclare impressionnée par la qualité de certains d’entre eux. Et puis, ajoute-elle, « je suis persuadée qu’un Gandhi va finir par émerger de cette communauté. Parce que nous en avons besoin ».
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